Les produits cosmétiques contiennent de nombreux composés chimiques, dont des phénols, phtalates et éthers de glycol. Utilisés comme conservateurs, fixateurs ou agents antibactériens, ils sont suspectés d’effets perturbateurs endocriniens et délétères pour la santé. Les femmes, qui déclarent en utiliser en moyenne deux fois plus que les hommes1,2, sont particulièrement concernées. Des risques ont également été identifiés pour le développement fœtal lors de l’exposition maternelle pendant la grossesse3,4.
Une étude française a donc été conduite afin d’évaluer si un changement de la routine cosmétique pouvait réduire l’exposition aux perturbations endocriniens des femmes en âge de procréer, et de quantifier les bénéfices potentiels pour les enfants exposés in utero.
Une intervention de cinq jours a été menée auprès de 103 femmes âgées de 18 à 30 ans (âge médian = 24 ans), à Grenoble. Pendant deux jours de phase pré-interventionnelle, les participantes employaient leurs produits habituels, puis, pendant cinq jours, elles en ont réduit leur usage ou ont utilisé des produits alternatifs fournis dans le cadre de l’étude (savon, shampoing, déodorant, dentifrice, crème solaire, baume à lèvres, huile de jojoba, gel hydroalcoolique). Ces derniers ont été sélectionnés selon des critères stricts : absence des composés à risque et de parfum et commercialisation en France.
Les participantes ont enregistré leur utilisation via une application mobile dédiée, développée spécifiquement pour l’étude. Les concentrations urinaires des composés d’intérêt ont été mesurées sur des échantillons prélevés sur 24 h, avant et après l’intervention. Elles ont été corrigées en fonction du degré de dilution de l’urine, ce qui a permis de comparer les échantillons indépendamment de l’hydratation des participantes. Pendant l’intervention, le nombre médian de produits cosmétiques utilisés quotidiennement est passé de douze à sept (dont 94 % fournis par l’étude, témoignant d’une bonne observance).
Les résultats, parus en avril 2026 dans Environment International5, révèlent qu’après seulement cinq jours, les concentrations urinaires de plusieurs substances chimiques avaient significativement diminué. Les réductions les plus marquées concernaient l’acide phénoxyacétique (- 64 %), suivi du bisphénol A (- 39 %), du méthylparabène (- 30 %) et du monoéthylphtalate (- 22 %). La fréquence de détection du propylparabène avait également baissé. Toutefois, plusieurs de ces composés restaient détectables dans les urines après l’intervention.
D’après l’évaluation de l’impact sanitaire menée par les auteurs, si la réduction de l’exposition au bisphénol A observée était appliquée à l’ensemble des femmes enceintes en France, cela permettrait d’éviter 4,0 % des cas d’asthme chez les enfants exposés in utero, 4,4 % des cas de sifflements (« wheezing ») et une perte moyenne de 0,44 point de QI.
Malgré certaines limites méthodologiques, notamment l’absence d’un groupe contrôle indépendant, ces résultats suggèrent que la réduction des cosmétiques, ou leur remplacement par des alternatives contenant moins de substances préoccupantes, peut permettre de diminuer rapidement et significativement l’exposition à certains perturbateurs endocriniens. Ces données soulignent l’importance de ces produits comme source d’exposition modifiable, avec des bénéfices sanitaires potentiels majeurs pour les enfants à naître.
2. Ficheux AS, Wesolek N, Chevillotte G, et al. Consumption of cosmetic products by the French population. First part: Frequency data. Food Chem Toxicol 2015;78:159-69.
3. Béranger R, Garlantézec R, Le Maner-Idrissi G, et al. Prenatal exposure to glycol ethers and neurocognitive abilities in 6-year-old children: The PELAGIE cohort study. Environ Health Perspect 2017;125(4):684-90.
4. Tillaut H, Garlantézec R, Warembourg C, et al. Prenatal exposure to glycol ethers and visual contrast sensitivity in 6-year-old children in the PELAGIE mother-child cohort. Int J Hyg Environ Health 2021;231:113635.
5. Jovanovic N, Bright F, Thomsen C, et al. Levers to decrease exposure to harmful chemicals: The case of personal care products and cosmetics. Environ Int 2026;211:110243.