La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) a élaboré une série de fiches pratiques avec des conseils destinés aux équipes soignantes qui ne sont pas habituées à prendre en charge des patients en soins palliatifs mais seront amenées à le faire au regard de l’urgence sanitaire actuelle.

 

Ces conseils abordent l’annonce au patient de la décision de non-réanimation, le soutien aux familles ainsi qu’aux équipes soignantes, le monitorage des fonctions vitales et les démarches funéraires particulières liées au coronavirus.

12 messages clés

1. Il est aussi valorisant de permettre à un patient de mourir apaisé et non inconfortable que de sauver des vies. Dans la situation actuelle, certaines vies ne peuvent être sauvées mais toutes méritent nos soins pour les soulager.

2. Tous les traitements proposés ont pour objectif de soulager et accompagner les patients conformément à la loi française. Ils n’ont pas pour but d’abréger la vie.

3. Les situations de crise du type de celle que nous aff­rontons peuvent nous conduire à sortir de nos pratiques usuelles, tout en respectant le devoir éthique fondamental de la bientraitance due à chaque patient.

4. Trois types de symptômes inconfortables prédominent pour les patients atteints de Covid-19 en phase palliative exclusive (non réanimatoire) : la détresse respiratoire, la dyspnée intense et l’encombrement agonique. 

5. Le choix de la voie sous-cutanée est le plus logique dans ce contexte particulier.

6. L’altération pharmacologique de la vigilance (pratique sédative) est la seule option en cas de symptômes réfractaires. Son évaluation fait appel exclusivement à l’échelle de vigilance-agitation Richmond (Richmond Agitation Sedation Sacle [RASS]).

7. Pour soulager la dyspnée, la morphine est le médicament le plus efficace. Pour pratiquer une sédation, le midazolam est le produit de référence.

8. La morphine n’est pas un agent sédatif (sauf en surdosage volontaire) et ne doit pas être utilisée pour cet usage. Elle ne doit être utilisée qu’à dose thérapeutique pour la dyspnée ou la polypnée ainsi que, bien sûr, pour la douleur.

9. En situation palliative exclusive, il n’y a pas d’indications à des mesures curatives ou de soutien d’une fonction vitale défaillante. 

10. L’usage d’oxygène est probablement générateur de plus d'inconvénients dans les situations palliatives exclusives (sécheresse de la bouche, escarre liée aux lunettes, etc.) que d’avantages (respirer de l’air frais est aussi efficace que de l’oxygène pour soulager la sensation d'étouff­ement).

11. De même, tout apport d’hydratation artificielle dans ces situations est plus néfaste que bénéfique en majorant le risque d’encombrement.

12. La sédation de durée indéterminée et potentiellement réversible, dont la profondeur est dite proportionnée (c’est-à-dire aussi profonde que nécessaire pour soulager le patient), est la plus logique dans la situation actuelle pour les patients non réanimatoires ayant une dyspnée réfractaire aux morphiniques. En cas d’asphyxie, il faut mettre en œuvre une sédation profonde très rapidement (quelques minutes maximum).

Pour télécharger les fiches pratiques dans leur intégralité

SFAP, Série de fiches conseils : soins palliatifs et Covid-19, 31 mars 2020.

SFAP, Propositions thérapeutiques – dyspnée et asphyxie Covid, 31 mars 2020.

L. M. A., La Revue du Praticien