Avec l’extension récente de l’AMM du vaccin Comirnaty aux enfants âgés de 12-15 ans, les questionnements sur les conséquences de la Covid dans cette population refont surface. S’ils ne sont pas à risque de développer une forme grave de la maladie, peuvent-ils être davantage atteints de séquelles post-aiguës ? Les données sont encore parcellaires, mais les premiers résultats de cohortes plus larges commencent à émerger…

 

Des cas d’adolescents atteints de « Covid long » ont récemment été rapportés dans la littérature, avec des symptômes semblables à ceux observés chez les adultes – fatigue, dyspnée, palpitations, etc., persistant plusieurs mois après l’infection aiguë. Décrits en Italie, en Suède, en Russie, ces cas sont toutefois ponctuels ou étudiés au sein de petites cohortes d’enfants ayant été hospitalisés ou ayant tous eu une infection confirmée par le SARS-CoV-2, sans groupe contrôle, donnant ainsi des prévalences élevées de ces symptômes persistants (jusqu’à 24 %, et en particulier : 19 % pour l’insomnie, 15 % pour les symptômes respiratoires, 11 % pour la fatigue…). Au Royaume-Uni, selon l’Office national des statistiques, la prévalence du Covid long s’élèverait à 19 % chez les 12-16 ans, mais ces données, basées sur l’autodéclaration, ont peu de signification statistique et sont à prendre avec prudence…

Une enquête récente menée en Angleterre et dans le Pays de Galles (en preprint) a, quant à elle, évalué la prévalence de ce type de symptômes chez 4 678 enfants dans le cadre d’une étude de cohorte sur plus de 23 000 ménages recrutés entre juin 2020 et mai 2021. Les participants de l’étude devaient compléter des questionnaires hebdomadaires en ligne concernant les symptômes liés au SARS-CoV-2 et les résultats des tests de dépistage, ainsi que des questionnaires thématiques mensuels (dont un sur le Covid long) ; pour certains d’entre eux, des campagnes de dépistage virologique par prélèvement nasopharyngé et sérologique par prélèvement sanguin étaient organisées.

Les données des enfants âgés d’au plus 17 ans ayant répondu au questionnaire sur les symptômes persistants, ou dont les familles avaient répondu à au moins 3 questionnaires hebdomadaires sur une période de 5 semaines avant fin janvier 2021, furent prises en compte. Ils étaient interrogés sur la présence de symptômes persistant au moins 4 semaines (et qui ne seraient pas expliqués par des affections connues), classifiés dans les groupes suivants : signes généraux (fatigue, fièvre, etc.), respiratoires, cardiovasculaires, gastro-intestinaux, ORL, neurologiques (dont céphalées, troubles cognitifs…), psychologiques et psychiatriques, entre autres.

Des 4 678 enfants inclus (dont 39 % étaient âgés de 12 à 17 ans, 54 % de 2 à 11 ans et 7 % de moins de 2 ans), 3,7 % avaient une histoire documentée d’infection par le SARS-CoV-2. Parmi eux, la prévalence de symptômes persistants était de 4,6 %, contre 1,7 % dans l’ensemble des participants : le risque d’avoir ce type de symptômes était donc multiplié par 2 en cas d’histoire connue de Covid, mais était aussi augmenté (x 3) pour les personnes avec une affection de longue durée – dont la plus courante était l’asthme (81 %) –, les adolescents de 12 à 17 ans et en particulier les filles. Les symptômes les plus fréquemment rapportés étaient les signes généraux (en particulier la fatigue, dans 23 % des cas), respiratoires et ORL, avec une durée médiane de 46 jours.

Ainsi, cette étude suggère que si des cas de Covid long existent chez l’enfant, ils sont bien moins fréquents que chez l’adulte. Mais davantage d’études sont nécessaires pour mieux caractériser ces séquelles en population pédiatrique. À suivre … 

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Miller F, Nguyen V, Navaratnam AMD, et al. Prevalence of persistent symptoms in children during the COVID-19 pandemic: evidence from a household cohort study in England and Wales.medRxiv 2021.

Figures et tableaux