Une patiente de 89 ans, sans antécédent majeur, consulte aux urgences à la suite d’une chute accidentelle avec fracture du poignet droit et douleurs du bassin ayant conduit à un alitement important à domicile depuis plusieurs jours. L’examen clinique à l’admission fait état d’une constipation avec une rétention aiguë d’urine. La patiente est fébrile à 38,5 °C sans signe de mauvaise tolérance hémodynamique  ; le taux de protéine C réactive (CRP) est à 241 mg/L et celui des leucocytes à 13 000/mm3, sans autre anomalie. Un scanner montre des images typiques de cystite emphysémateuse (fig. 1). Une antibiothérapie à large spectre est débutée, associée à la pose d’une sonde urinaire.
L’examen cytobactériologique des urines met en évidence la souche Escherichia coli multisensible. Traitée par amoxicilline, la résolution des symptômes est rapide (scanner de réévaluation, fig. 2), permettant une ablation de la sonde à J10 de l’admission et une évolution favorable avec retour à domicile.  L’antibiothérapie est poursuivie pour quinze jours au total.

La cystite emphysémateuse est une infection rare – plus spectaculaire que grave – du bas appareil urinaire. Elle est définie par la présence de gaz dans la paroi et/ou la lumière vésicales, secondaire à une fermentation microbienne en anaérobiose. 

La cystite emphysémateuse complique les infections urinaires, particulièrement chez les patients diabétiques (de 60 à 70  % des cas).1 La majorité des patients atteints sont de sexe féminin et sont âgés de plus de 60 ans.

La présentation clinique est variée et aspécifique, partageant les signes d’une infection urinaire banale. Le diag­nostic est suspecté en cas de facteur favorisant  : diabète déséquilibré, stase urinaire vésicale (vessie neurologique, hypertrophie prostatique), dénutrition ou immunosuppression.

Son diagnostic est radiologique, la tomodensitométrie étant l’examen le plus sensible (fig. 1 et 2) pour visualiser le gaz dans la paroi vésicale.

Les bactéries les plus fréquemment retrouvées sont Escherichia coli (58  %) et Klebsiella pneumoniae (21  %).2

Le pronostic est le plus souvent favorable, mais la cystite emphysémateuse peut évoluer vers une pyélonéphrite emphysémateuse, avec un risque de choc septique. Il existe également un risque de nécrose de la paroi, pouvant entraîner sa rupture.

Le traitement est médical, par une antibiothérapie initialement à large spectre par voie intraveineuse, puis adaptée à la microbiologie, associée à un drainage vésical par pose de sonde. La durée de traitement est mal définie et dépend de la réponse clinique ; elle est de quinze jours au minimum. Le traitement chirurgical est parfois nécessaire en cas d’évolution défavorable avec atteinte nécrosante (cystectomie totale ou partielle). 

Références
1 . Grupper M, Kravtsov A, Potasman I. Emphysematous cystitis: Illustrative case report and review of the literature. Medicine (Baltimore) 2007;86(1):47-53.
2. Thomas AA, Lane BR, Thomas AZ, et al. Emphysematous cystitis: A review of 135 cases. BJU Int 2007;100(1):17-20.

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