Plusieurs méta-analyse récentes, comme celle du BMJ en 2024 et celle du British Journal of Sports Medicine en 2023, ont montré l’intérêt de l’activité physique dans la dépression, même sévère. Le sujet avait fait l’objet il y a 13 ans d’une méta-analyse de la Cochrane.
Pour mettre à jour cette étude, des chercheurs ont effectué des recherches dans le Cochrane Depression, Anxiety and Neurosis Review Group’s Controlled Trials Register (CCDANCTR) jusqu’en 2013, complétées par l’analyse des bases de données Medline, Embase, PsycInfo et Central de 2013 à 2023, sans restriction de langue. Les travaux éligibles étaient les essais randomisés contrôlés dans lesquels l’exercice physique était comparé à l’absence de traitement, à un placebo ou à un traitement actif chez des adultes souffrant de dépression (dépression du post-partum exclue).
Mieux que le contrôle
Les résultats sont parus le 8 janvier 2026 dans Cochrane Database of Systematic Reviews. Un total de 73 essais randomisés contrôlés ont été inclus, comprenant 2 189 participants. Pour les 57 essais (2 189 participants) comparant l’exercice à l’absence de traitement ou à une intervention contrôle, la différence moyenne standardisée (DMS) [voir signification des valeurs de DMS en encadré ci-contre] concernant les symptômes dépressifs à la fin du traitement était de - 0,67 (IC95 % = [- 0,82 ; - 0,52]) ; données probantes d’un niveau de confiance faible), ce qui indique que l’exercice peut entraîner une réduction modérée des symptômes dépressifs.
Cependant, en restreignant l’analyse aux essais évalués à long terme ou à ceux pour lesquels le double aveugle a été vérifié (participants ne devinant pas leur bras attribué), les résultats sont plus incertains.
Des résultats similaires aux autres interventions
Dix essais (414 participants) ont comparé l’exercice physique à une psychothérapie ; ils ont montré qu’il y a probablement peu ou pas de différence dans leur effet sur les symptômes dépressifs à la fin du traitement (DMS = 0,03 [- 0,16 ; 0,23] ; données probantes d’un niveau de confiance modéré). Des résultats similaires ont été obtenus pour les quelques études avec suivi à long terme.
Cinq essais (330 participants) ont comparé l’exercice à un traitement pharmacologique, suggérant peu ou pas de différence concernant l’effet sur les symptômes dépressifs à la fin du traitement (DMS = - 0,11 [- 0,33 ; 0,10] ; niveau de confiance faible). Les données probantes étaient très incertaines lors du suivi à long terme (DMS = - 0,11 [- 0,80 ; 0,00] ; niveau de confiance très faible).
Il ne semblait pas y avoir de différence entre l’exercice physique et les autres interventions en termes d’acceptabilité du traitement, telle que mesurée par le taux de participants ayant terminé l’étude, et les effets indésirables étaient rares pour toutes les comparaisons d’intervention.
Des résultats confirmés
Les auteurs en concluent que l’exercice physique pourrait être modérément plus efficace qu’une intervention contrôle pour réduire les symptômes de la dépression. Les effets semblent comparables aux psychothérapies et aux traitements pharmacologiques, bien que cette conclusion repose sur un faible nombre d’essais de petite taille. Enfin, le suivi à long terme était rare dans les essais inclus.
Les scientifiques notent que l’ajout de 35 essais randomisés contrôlés (au moins 2 526 participants) à cette mise à jour a eu très peu d’effet concernant l’estimation de l’efficacité de l’exercice physique sur les symptômes de dépression par rapport à la revue de 2013. Si de nouvelles recherches étaient menées, elles devraient se concentrer sur l’amélioration de la qualité des essais, et l’évaluation des caractéristiques de l’exercice physique qui sont efficaces selon le profil patient.
Les conclusions de cette étude sont en phase avec les recommandations de la HAS, selon lesquelles la prise en charge de la dépression associe suivi somatique, conseils de mode de vie (activité physique régulière, arrêt des toxiques…), psychothérapie et, si nécessaire, antidépresseur.
S’il peut être difficile pour les patients atteints de dépression de trouver la motivation de faire du sport, ces données incitent à considérer l’activité physique comme une intervention thérapeutique à part entière, au même titre que les autres modalités de prise en charge, et à la proposer systématiquement aux patients.
Signification et interprétation de la différence moyenne standardisée (DMS)
La différence moyenne standardisée (DMS) peut s’interpréter comme l’ampleur de l’effet de l’intervention comparativement à un groupe témoin. Pour une métrique ou une étude donnée, elle est calculée en divisant la différence moyenne entre groupe traité et groupe témoin par son écart-type. Elle est souvent utilisée en méta-analyse pour synthétiser les résultats de différentes études, car c’est une grandeur sans unités permettant de comparer des métriques différentes. Par consensus, l’ampleur de l’effet peut être tenue pour faible (valeur absolue de la DMS < 0,3), modérée (0,3 à < 0,8) ou importante (> 0,8).
D’après : Poelman T. Comment interpréter une différence moyenne standardisée (DMS) ? Minerva 2014 ;13(4) :51.
Clegg AJ, Hill JE, Mullin DS (traduction par Cochrane France). L’exercice physique est-il efficace pour traiter la dépression ? Cochrane 8 janvier 2026.
Parkinson M. Exercise to treat depression yields similar results to therapy and antidepressants. Cochrane 8 janvier 2026.
Pour en savoir plus :
Martin Agudelo L. L’activité physique fait mieux que les antidépresseurs dans la dépression sévère. Rev Prat (en ligne) 15 février 2023.
Martin Agudelo L. Dépression : quelles activités physiques privilégier ? Rev Prat (en ligne) 27 février 2024.