Cette vaste étude de cohorte nationale rétrospective a évalué, d’une part, l’association entre le statut glycémique (normoglycémie, intolérance au glucose, diabète) et le risque de cancer gastrique précoce chez les 20 - 49 ans et, d’autre part, l’impact des facteurs de risque modifiables (tabagisme et consommation d’alcool) selon le statut glycémique. Elle se fonde sur les données de santé de 2 439 112 patients de 20 à 49 ans (âge moyen : 37,68 ans ± 7,39 ans [écart-type]), sans antécédent de cancer, issus du système national de santé sud-coréen (Korean National Health Insurance Service), suivis de 2012 à 2022.
Le critère de jugement principal était la survenue d’uncancer gastrique précoce, confirmé par un médecin. L’exposition principale était le statut glycémique, évalué selon la glycémie à jeun et classé en 3 catégories : normoglycémie (glycémie 100 mg/dL), intolérance au glucose (glycémie = 100 - 125 mg/dL) et diabète (glycémie ≥ 126 mg/dL, ou prise d’un traitement antidiabétique), avec une stratification supplémentaire selon la durée du diabète ( 5 ans ou ≥ 5 ans).
Les résultats, publiés dans eClinicalMedicine en novembre 2025, révèlent une association entre statut glycémique et risque de cancer gastrique précoce. Sur un suivi cumulé de 17,9 millions de personnes-années, l’incidence du cancer gastrique précoce s’élevait à 0,2461 cas pour 1 000 personnes-années (IC95 % = 0,24 - 0,25), soit 4 400 cas identifiés dans la cohorte.
L’analyse stratifiée par statut glycémique a révélé une augmentation progressive du risque en fonction de la sévérité du déséquilibre métabolique, avec une incidence de 0,23/1 000 cas (IC 95 % : 0,22 - 0,23) chez les sujets normoglycémiques (groupe de référence) et de 0,30/1 000 (0,28 - 0,32) en cas d’intolérance au glucose, bien que le hazard ratio (HR) ajusté ne soit pas significatif (1,06 ; IC95 % = 0,98 - 1,14). Chez les patients nouvellement diagnostiqués pour un diabète, l’incidence atteignait 0,41/1 000 (0,34 - 0,48) avec un HR significatif de 1,27 (1,07 - 1,52). Ce risque augmentait avec la durée du diabète, atteignant 0,51/1 000 (HR = 1,36 [1,07 - 1,74]) pour une durée inférieure à 5 ans et 0,62/1 000 (HR = 1,53 [1,17 - 2,01]) au-delà. Enfin, une relation dose-effet linéaire a été confirmée entre la glycémie à jeun et le risque decancer gastrique précoce (p = 0,044), sans seuil apparent.
Les résultats montrent égalementque le tabagisme actif augmente le risque decancer gastrique précoce dans tous les groupes glycémiques, avec un HR maximal chez les diabétiques (HR : 1,60 [1,32 - 1,95]).La consommation d’alcool est aussi associée à un surrisque chez les diabétiques, avec un HR de 1,36 (1,12 - 1,65) pour une consommation légère à modérée ( 30 g/jour) et de 1,65 (1,21 - 2,24) pour une consommation élevée (≥ 30 g/jour), ce dernier représentant le risque le plus élevé parmi tous les groupes étudiés.
Les analyses par sous-groupes ont, par ailleurs, révélé que l’association entre diabète et cancer gastrique précoce est significative uniquement après 40 ans (HR de 1,47 chez les 40 - 44 ans ; HR de 1,42 chez les 45 - 49 ans), mais pas chez les 20 - 39 ans.En revanche, aucune association significative n’a été identifiée avec le sexe et les comorbidités.
L’étude n’inclut toutefois pas de données sur la fréquence des endoscopies (sous-estimation possible du risque) ni sur les facteurs confondants (infection à Helicobacter pylori, antécédents familiaux et habitudes alimentaires, etc.). Des études complémentaires seront nécessaires pour évaluer la pertinence de ces résultats pour d’autres populations avec des contextes épidémiologiques comparables.
Une prévention active (dépistage ciblé, contrôle glycémique strict, sevrage tabagique) apparaît comme un levier pour réduire le risque de cancer gastrique précoce chez les jeunes adultes diabétiques.