La greffe d’organes est une thérapeutique commune, mais il existe une pénurie de greffons. Plusieurs leviers permettraient d’en augmenter le nombre : réduire les oppositions des proches aux prélèvements (actuellement de 36 %), promouvoir le don du vivant pour la transplantation rénale, étendre les prélèvements d’organes sur donneurs décédés après arrêt circulatoire, utiliser les machines de perfusion pour conservation des greffons. Dans 80 % des cas, le prélèvement est effectué après le décès par mort encéphalique. Après vérification de l’absence de contre-indication juridique ou médicale, un médecin, indépendant de l’équipe de transplantation, atteste de l’arrêt des fonctions encéphaliques. S’il existe une possibilité de don d’organes, le patient décédé est transféré en réanimation avec maintien des fonctions circulatoires et respiratoires. Même si le consentement est présumé, la notion de don d’organes est abordée avec les proches pour vérifier la volonté du défunt. Le prélèvement d’organes est débuté à coeur battant par des équipes spécialisées coordonnées par l’Agence de la biomédecine.Le prélèvement d’organes après arrêt cardiaque repose sur la viabilité de certains organes après un court arrêt cardiaque. En France, des programmes pilotes ont été réalisés avec succès sur des donneurs de catégorie III de la classification internationale de Maastricht (1995) : donneurs décédés après arrêt circulatoire à la suite de la limitation ou de l’arrêt des thérapeutiques en réanimation (lésions cérébrales graves ou irréversibles). Dès la décision médicale d’arrêt thérapeutique, la possibilité du don d’organe est abordée avec les proches. Le taux d’acceptation est plus élevé qu’en cas de mort encéphalique. Les supports circulatoires et respiratoires sont alors arrêtés. Cinq minutes après l’arrêt du coeur, le patient décédé est transporté au bloc opératoire pour prélèvement à coeur arrêté.La conservation du greffon est optimisée par l’utilisation d’une machine de perfusion (normothermique et oxygénée) qui permet une augmentation de la durée de conservation, le maintien du métabolisme cellulaire et l’évaluation des greffons.La transplantation d’organe avec donneur vivant a commencé par le foie (foie gauche en pédiatrie, foie droit chez l’adulte) et s’est développée en Asie, restant marginale dans les pays où le prélèvement se faisait sur patients décédés. Pour le rein, la transplantation avec donneur vivant est le meilleur traitement de l’insuffisance rénale terminale : qualité des greffons, courte ischémie, intervention élective. Le retard en France a été comblé par l’élargissement du cercle des donneurs vivants : personne ayant un lien affectif étroit et stable, dons croisés en cas d’incompatibilité entre proches (loi bioéthique de 2011).

Jacques Belghiti, secrétaire adjoint de l’Académie nationale de médecine, Paris, France

17 février 2026