Les images satellites, issues de la télédétection, sont devenues des instruments puissants pour comprendre et anticiper les risques sanitaires, notamment ceux liés à l’environnement. Initialement développées pour d’autres usages, elles sont désormais intégrées à des outils de surveillance en santé publique. Ces données permettent la caractérisation des structures urbaines, l’analyse occupation/usage des sols et des variables environnementales comme la température, l’humidité, la végétation, la qualité de l’air ou la présence d’eaux stagnantes. En les combinant à des données épidémiologiques, il est possible de modéliser et cartographier les risques de maladies infectieuses (dengue, chikungunya, leptospirose…) mais aussi ceux de l’exposition à des polluants ou pesticides.Des outils comme Arbocarto permettent par exemple d’estimer localement la densité de moustiques vecteurs à partir d’imagerie satellite et de données météo. Ceci guide les campagnes de prévention : pulvérisation, sensibilisation, surveillance ciblée.De même, des projets comme ClimHealth visent à développer des systèmes d’alerte précoce pour anticiper les pics de transmission de maladies environnementales, en lien avec les changements climatiques.Ces approches s’inscrivent dans le concept « Une seule santé » (One Health), qui lie santé humaine, santé animale et état de l’environnement. Elles sont fondées sur des collaborations interdisciplinaires entre médecins, écologues, épidémiologistes, géographes et ingénieurs. En pratique, cela ouvre la voie à une médecine préventive renforcée, appuyée sur la modélisation et l’anticipation des risques. Les données sont souvent accessibles en open source, facilitant leur usage pour les collectivités ou les acteurs de terrain.

Annelise Tran, chercheuse au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)

13 mai 2025