La HAS a actualisé ses recos sur la place du dosage du coefficient de saturation de la transferrine (CST), notamment dans le diagnostic et le suivi de la carence martiale dans les maladies chroniques avec composante inflammatoire.

La carence martiale peut résulter soit d’un épuisement des réserves en fer, soit d’une indisponibilité du fer malgré des réserves présentes, soit d’une association des 2 mécanismes.

Comme déjà abordé dans nos colonnes, dans les maladies chroniques avec composante inflammatoire, la ferritinémie peut être normale ou augmentée malgré une carence martiale, ce qui limite sa valeur d’exclusion. Dans ce contexte, plusieurs recommandations retiennent des seuils plus élevés de ferritine qu’en population générale et s’appuient sur le coefficient de saturation de la transferrine (CST), généralement considéré comme évocateur d’une carence martiale lorsqu’il est < 20 %, même si le seuil retenu varie selon les maladies et les recommandations.

Pour autant, actuellement, en cas de suspicion de carence martiale, le CST n’est pris en charge qu’en seconde intention, après dosage de la ferritinémie (il peut toutefois être réalisé en première intention en cas de suspicion de surcharge en fer ou de terrain hémochromatosique, et peut être coté par le biologiste médical en cas de découverte fortuite d’une hyperferritinémie franche). La dernière évaluation de la HAS, publiée en 2011 , préconisait de rechercher une carence martiale par dosage la ferritine sérique en 1re intention, et, en cas d’incertitude diagnostique ou de «  contextes pathologiques particuliers » (cancers, situations d’inflammation, MICI, MRC), de doser le fer sérique et la transferrine pour déterminer le CST.

Mais cette recommandation tient-elle toujours à la lumière de la littérature publiée depuis 2011 ? À la demande du Conseil national professionnel de biologie médicale, la HAS a réévalué l’intérêt médical du CST dans 4 maladies chroniques (maladie rénale chronique, insuffisance cardiaque, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, cancers), en vue de modifier les conditions d’inscription de cet acte dans la Nomenclature des actes de biologie médicale.

Pour cela, l’agence a réalisé une analyse critique de la littérature publiée de 2011 à janvier 2026, incluant des revues systématiques avec ou sans méta-analyses, des évaluations technologiques, des recommandations professionnelles, ainsi que des études diagnostiques. Elle a également recueilli le point de vue des organismes professionnels, filières maladies rares et associations de patients et d’usagers de santé concernés. Le rapport qui en résulte est paru le 1er juin 2026.

Recommandations pratiques

À l’issue de cette évaluation, la HAS estime que le CST a une utilité clinique dans les 4 maladies chroniques avec composante inflammatoire considérées (MRC, insuffisance cardiaque, MICI, cancers), en permettant de :

  • diagnostiquer une carence martiale en complément de la ferritinémie : la ferritinémie peut être normale ou augmentée en situation d’inflammation et ne permet pas, à elle seule, d’éliminer une carence martiale, alors que le CST reste diminué (seuil variable selon les recommandations et les maladies, mais en général à 20 %) ;

  • orienter, en complément de la mesure du taux d’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie, vers une prise en charge adaptée, incluant notamment la recherche d’une étiologie à la carence martiale et une supplémentation en fer ;

  • participer au suivi de la supplémentation en fer et/ou d’un traitement par agent stimulant l’érythropoïèse, en complément de la mesure du taux d’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie, et adapter la posologie du traitement.

 

En pratique, le CST est indiqué pour :

  • la recherche d’une carence martiale si la ferritinémie est normale ou augmentée chez des patients atteints de MRC, d’insuffisance cardiaque (en particulier, ceux avec fraction d’éjection du ventricule gauche réduite), de MICI, de cancers (en particulier, ceux sous chimiothérapie), une ferritinémie diminuée permettant de poser le diagnostic de carence martiale ;

  • le suivi des patients traités par supplémentation en fer ou agent stimulant l’érythropoïèse, en complément de l’hémoglobinémie (hémogramme) et de la ferritinémie.

 

L’Agence rappelle en outre l’importance de :

  • prélever les marqueurs du métabolisme du fer à distance d’une inflammation aiguë ;

  • doser le fer sérique et la transferrine (nécessaires à la détermination du CST) le matin à jeun afin de s’affranchir de la variabilité nycthémérale ;

  • réaliser les dosages dans le même laboratoire s’ils doivent être répétés.

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