De nombreux traitements peuvent entrainer ou aggraver une dysfonction érectile. De quels médicaments s’agit-il ? Comment substituer ou arrêter un traitement si on suspecte qu’il est en cause dans le trouble de l’érection ? Les règles d’or à suivre pour modifier la prescription sans compromettre l’état du patient.

 

Antihypertenseurs : (trop) souvent incriminés

Les seuls médicaments antihypertenseurs qui paraissent, après ajustement sur les comorbidités, comme potentiellement délétères pour la fonction érectile sont les diurétiques thiazidiques, la spironolactone et les bêta­bloquants non sélectifs. Les inhibiteurs calciques et les IEC n’ont pas d’effet. Paradoxalement, les ARA II (sartans) auraient même un impact positif.

Il faut donc savoir rassurer et veiller à ce qu’un hypertendu n’arrête pas son traitement anti­hypertenseur, l’exposant à la survenue d’un accident cardiovasculaire aigu.

Quand changer de molécule ?

Si les troubles sexuels sont apparus après l’initiation d’un traitement antihypertenseur :

– chez l’hypertendu jeune sans facteur de risque, le bêtabloquant peut être arrêté, avec les précautions habituelles, pour une autre molécule (antagonistes calciques, inhibiteurs de l’enzyme de conversion ou antagonistes des récepteurs de l’angiotensine 1 et 2) sans avis cardiologique préalable ;
– chez le coronarien avéré ou potentiel, comme le diabétique, la décision n’est envisageable qu’après une évaluation cardiovasculaire par un cardiologue ;
– l’arrêt d’un diurétique, et son remplacement par un antihypertenseur d’une autre classe, pose moins de problèmes que celui des bêtabloquants, et l’avis cardiologique n’est pas indispensable en cas d’hypertension non compliquée.
Si la restauration de la fonction érectile est obtenue après l’arrêt ou le changement du traitement incriminé, cela laisse présumer de sa responsabilité.

 

Traitements psychotropes ou neurotropes

Si le patient est traité en médecine générale pour une dépression et que celle-ci est bien stabilisée, un changement de traitement pour une molécule antidépressive moins délétère sur la sexualité peut être indiqué. On préférera par exemple au médicament incriminé d’autres molécules telles que mirtazapine, citalopram ou tianeptine.
Pour ne pas prendre le risque de déstabiliser la dépression en changeant de molécule, il est souvent utile d’adjoindre au traitement initial un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE-5).

Si le patient est suivi par un psychiatre, le médecin doit prendre contact avec celui-ci avant tout changement de traitement.

Concernant les antipsychotiques, aucun traitement ne doit être modifié ou arrêté sans l’avis du psychiatre. Il est recommandé d’avertir le psychiatre de l’inquiétude du patient sur sa sexualité ainsi que du risque d’interruption de son traitement, de discuter avec lui du bénéfice éventuel d’une molécule moins délétère sur la sexualité (clozapine, olanzapine, quétiapine, sertindole, aripiprazole). Un dosage de la prolactinémie est recommandé en raison de l’effet hyperprolactinémiant des neuroleptiques, pouvant favoriser une dysfonction érectile, en vue d’un éventuel traitement correcteur.

Les mêmes règles sont applicables dans les autres traitements neurotropes. Les conséquences sexuelles des traitements par le lithium, souvent signalées par les patients, sont souvent encore insuffisamment évaluées. Certains antiépileptiques semblent moins délétères que d’autres (oxcarbazépine). En cas de DE, il est recommandé de demander son avis au neurologue en vue d’un éventuel changement de molécule.

 

Traitements à visée prostatique

Les IPDE-5 (finastéride, dutastéride) peuvent également entraîner des troubles sexuels (dysfonction érectile, baisse de la libido et troubles de l’éjaculation).

Les alphabloquants ne provoquent pas, en revanche, de dysfonction érectile ou de baisse de la libido mais parfois des dysfonctions éjaculatoires à type d’anéjaculation.

Les traitements antiandrogéniques pour le cancer de la prostate métastatique ou localement avancé entraînent également une dysfonction érectile associée à une baisse de la libido.

D’autres traitements peuvent également interférer sur la sexualité, mais n’ont pas été étudiés, notamment en oncologie médicale.

D’après :

Faix A. Dysfonction érectile (2nde partie) Rev Prat Med Gen 2021;355(1057);227-34.

Huyghe É. Dysfonction érectile. Rev Prat Med Gen 2020;34(1036);145-50.

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Figures et tableaux