Aucun vaccin n’étant efficace à 100 %, quelques échecs vaccinaux sont inévitables et attendus. Toutefois, compte tenu de la circulation de variants potentiellement capables d’échapper à la protection conférée par les vaccins, ces cas sont surveillés de très près par les autorités de santé. Que savons-nous à l’heure actuelle ?

 

On parle d’échec vaccinal lorsqu’une infection par le SARS-CoV-2 survient plus de 14 jours après la 2e dose de vaccin, ou après la dose unique chez les sujets recevant le vaccin de Janssen ou ceux ayant déjà eu un épisode de Covid. La probabilité de leur apparition est fonction de l’efficacité intrinsèque d’un vaccin donné, de la qualité de la réponse immunitaire de la personne vaccinée et de la possibilité pour le virus d’échapper à cette dernière.

Aux États-Unis, jusqu’au 1er mai 2021, le CDC répertoriait toutes les infections par le SARS-CoV-2, symptomatiques ou non, survenant chez des personnes entièrement vaccinées (déclaration dite « passive », non exhaustive). Depuis, seules les infections avec hospitalisation ou décès sont colligées. Avant le 1er mai 2021, parmi 101 millions de sujets vaccinés avec deux doses de vaccin à ARN, 10 262 infections ont été rapportées ; parmi celles-ci : 27 % formes asymptomatiques, 729 hospitalisations et 168 décès (âge médian : 82 ans). Les auteurs de cette analyse n’ont pas retrouvé de spécificité de ces cas par rapport à la population générale non vaccinée infectée par le SARS-CoV-2.

Du 1er mai au 1er juin, le CDC a répertorié 3 000 infections survenues chez des sujets pleinement vaccinés (pour plus de 135 millions de vaccinés avec deux doses) : 77 % étaient âgés de 65 ans et plus, 17 % étaient asymptomatiques, 2 200 étaient hospitalisés pour Covid-19 et 447 en sont décédés. Ainsi, il s’agit d’événements très rares.

En France, une épidémie d’infections par le variant « sud-africain », décrite dans un Ehpad dans le Jura au cours du mois de mars, a touché la moitié (13/26) des personnes vaccinées avec le vaccin Pfizer et tous les non vaccinés (5/5). La Covid a été sévère chez 2 des personnes vaccinées et chez 4 sujets parmi les 5 non vaccinés. Selon les auteurs de cette étude, donc, si le vaccin n’a pas empêché cette bouffée épidémique, il a toutefois réduit la transmission et le nombre de formes sévères.

Une étude israélienne s’est intéressée au rôle des variants préoccupants dans la survenue des infections (avec ou sans symptômes) chez les personnes pleinement vaccinées par le vaccin de Pfizer. Les chercheurs ont comparé la proportion des différents variants entre le groupe des personnes infectées et vaccinées et celui des personnes infectées et non vaccinées. Même si, une semaine après la deuxième dose de vaccin, les infections étaient très rares, le variant « sud-africain » était plus fréquent (8 fois plus) dans cette population que chez les non vaccinés. Les vaccinés infectés entre les deux doses l’étaient 2,6 fois plus par le variant « anglais ». Ces résultats suggèrent une réduction partielle de l’efficacité en vie réelle du vaccin de Pfizer vis-à-vis des infections par certains variants préoccupants, mais ils doivent être interprétés avec prudence car le nombre absolu des cas était très faible.

Les experts de la SPILF/Infovac rappellent ainsi que la réduction de la circulation des différents variants – en couplant mesures barrières et couverture vaccinale optimale – est un enjeu majeur dans tous les pays.

Il faut aussi garder en tête que, au fur et à mesure que la couverture vaccinale croît, la proportion des vaccinés parmi les cas de Covid augmente inévitablement : si 100 % de la population est vaccinée, 100 % des cas de Covid-19 surviendront chez des personnes vaccinées… Cela ne signifie pas que les vaccins sont peu ou moins efficaces ! Une simple notion d’arithmétique à rappeler notamment à certains complotistes…

Attention : les échecs vaccinaux doivent être déclarés à l’ANSM.

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

 

Pour en savoir plus :

Birhane M, Bressler S, Chang G, et al. COVID-19 Vaccine Breakthrough Infections Reported to CDC – United States, January 1 – April 30, 2021.CDC 2021;70(21);792-3.

Bailly B, Guilpain L, Bouiller K, et al. BNT162b2 mRNA vaccination did not prevent an outbreak of SARS COV-2 variant 501Y.V2 in an elderly nursing home but reduced transmission and disease severity.Clinical Infectious Diseases 16 mai 2021.

Kustin T, Harel N, Finkel U, et al. Evidence for increased breakthrough rates of SARS-CoV-2 variants of concern in BNT162b2 mRNA vaccinated individuals.medRxiv.

Newsletter SPILF/Infovac. Infectiologie.com 3 juin 2021.

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