Trois académies (des sciences, de médecine et des technologies) ont lancé un appel sur les effets des écrans chez les enfants.1« Nous avons voulu éviter les messages du tout bon ou tout mauvais », résume Jean-François Bach (Académie des sciences) qui en est le coordinateur. Il s’agit ici « d’une réflexion, fondée sur des faits tout en reconnaissant les incertitudes actuelles et privilégiant le questionnement aux dépens de recommandations précises ». Une retenue qui fait suite à un premier rapport de l’Académie des sciences (janvier 2013) intitulé « L’enfant et les écrans », critiqué par ceux qui s’inquiétaient déjà des dérives d’une sur- utilisation du numérique.
Six ans plus tard, et au vu de la rapide diffusion des nouveaux outils (et tout particulièrement des smartphones), quelle nouvelle lecture peut-on faire ? Attention : les académies n’ont pas pour objectif de faire une analyse exhaustive et référencée des données disponibles dans une littérature de plus en plus abondante. D’autres institutions et groupes de travail s’attachent à le faire.*« L’idée est de se pencher sur ce problème difficile, sans préjugé mais avec rigueur grâce à la collaboration de plusieurs disciplines scientifiques, avec une ouverture particulière sur les sciences fondamentales mais aussi une grande indépendance. » Soit, en d’autres termes, en réduisant autant que faire se peut les risques de conflits d’intérêts – étant bien entendu que « d’immenses intérêts économiques et commerciaux sont en jeu » et que l’évolution actuelle n’est pas « sans effets délétères ».
On lira dans cet appel académique une série de précieuses recommandations pratiques à l’adresse des parents, des enseignants, des pouvoirs publics. Sans oublier les institutions de recherche, les éditeurs de produits numériques et les soignants. « L’une des principales questions qui se posent est de savoir si l’utilisation excessive des écrans peut engendrer une véritable addiction comportementale », soulignent les académiciens. Mais cette notion doit être abordée avec précaution car elle répond à une définition médicale précise, réservée à des pathologies particulièrement lourdes.
Une autre question préoccupante est celle du retentissement de l’usage des écrans sur le développement psychomoteur et relationnel du jeune enfant, ainsi que sur ses capacités d’apprentissage. Sur ce point, pas de conclusion. Difficile de départager d’une part la possible nocivité intrinsèque des écrans et d’autre part des pratiques parentales inadaptées… Ainsi il ne s’agit pas uniquement de limiter l’accès aux écrans (sauf, dans une large mesure, chez les plus jeunes enfants) « mais de toujours en accompagner une utilisation raisonnable et raisonnée ».
La même évaluation des bénéfices et des risques concerne les réseaux sociaux (élargissement des possibilités de communication et soutien contre la solitude versus désinhibition et harcèlement) ou les jeux vidéo (violence, absence de frontière avec les jeux de casino versus satisfactions positives et amélioration de certaines performances). « Sur le plan strictement médical, les effets négatifs d’une mauvaise utilisa- tion des écrans concernent tous les âges, mais sont évidemment plus délétères pour l’enfant et l’adolescent », résument les auteurs de cet appel qui se refusent toutefois à diaboliser leur sujet.
Et demain ? La révolution numérique a rapproché le cinéma, la radio, la télé- vision et la téléphonie. Très bientôt, l’intelligence artificielle émergera sous des formes multiples et encore imprévisibles. Aussi sommes-nous condamnés à rester en état de « vigilance positive ».
* L’Unicef, le Haut Conseil de la santé publique, le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, l’Anses, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel).
* L’Unicef, le Haut Conseil de la santé publique, le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, l’Anses, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel).