Confiner ou pas, c’est la question… La situation épidémiologique se dégrade lentement mais pourrait vite basculer, avec la progression des nouveaux variants. Le président de la République est agacé par les médecins qui plaident pour des mesures plus strictes. On espère qu’il fait le bon pari… En revanche, il semble les avoir entendus concernant la stratégie de lutte contre le cancer. 

 

Celle-ci, devenue décennale, est ambitieuse et comprend quatre axes : améliorer la prévention, limiter les séquelles après un traitement, lutter contre les cancers de mauvais pronostic, et enfin s’assurer que les progrès bénéficient à tous. Des objectifs chiffrés sont avancés, ainsi accroître de 1 million les dépistages actuels en 2025 et diminuer de deux tiers à un tiers la part des patients ayant des séquelles 5 ans après un diagnostic. 

Le but est aussi de réduire de 60 000 par an le nombre de cancers évitables à l’horizon 2040, en jouant sur les deux principaux leviers d’action que sont la réduction du tabagisme et celle de la consommation d’alcool. « Je souhaite, a déclaré le Président, que la génération qui aura 20 ans en 2030 soit la première génération sans tabac. » La forte augmentation du prix des cigarettes initiée dès le début du quinquennat va dans ce sens, mais le chemin est long tant l’imagination des industriels est fertile pour recruter de nouveaux jeunes fumeurs… 

Mais écoutons la suite : « les alcools, en particulier produits en France, qui font partie de nos traditions, appartiennent à notre art de vivre, notre sociabilité. Il ne s’agit pas d’aller vers le zéro alcool, mais bien de prévenir les excès et de mieux aider ceux qui sont dans une forme de dépendance à en sortir. Et là aussi il ne faut pas tout confondre, mais il faut affronter avec beaucoup de volontarisme la situation que nous connaissons aujourd’hui et qui reste critique ». Est-ce le début d’un mea-culpa, tant la politique du Président a jusqu’ici était complaisante vis-à-vis des lobbies alcooliers ? Le « il ne faut pas tout confondre » est justement un de leurs éléments de langage, mais la suite est sans appel, avec l’aveu que la situation est critique…

Deux séries de mesures attesteraient de cet engagement. L’Institut national du cancer (INCa) note que « pour réduire la consommation nocive d’alcool, des expériences étrangères montrent que l’action sur les prix peut être efficace ». Ce serait une première action… L’INCa appelle ensuite à « prévenir l’entrée des jeunes dans des consommations excessives d’alcool via notamment une meilleure régulation du marketing et de l’offre ».

Mais pour y arriver, il faut interdire aux lobbies d’interférer dans le domaine de la prévention et en particulier de s’adresser directement aux enfants ou aux femmes enceintes, comme le montre, sur le site de Vin & Société, la présence de supports éducatifs censés faire découvrir l’univers de la vigne aux premiers ou de « petits conseils » destinés aux secondes, ciblant l’univers du plaisir, pour accompagner la recommandation de ne pas consommer d’alcool : « Dans le zéro alcool, le coq au vin, ça compte ? »« Je trinque avec quoi à un mariage ? »« Au dessert, une poire au vin, c’est permis ? »« La fondue au vin blanc durant le ski, j’oublie ? »« Mes chocolats préférés fourrés à l’alcool, j’arrête ? ». Récemment, le site Vitisphère s’est empressé d’extrapoler une étude sur le rôle inhibiteur in vitro de l’acide tannique sur le SARS-CoV-2 en titrant (avant de le modifier) : « Une nouvelle étude confirme que le vin protège du Covid-19 ». Un tel débat s’était emballé sur le rôle de la nicotine. Sur l’alcool et le tabac, monsieur le Président, il faut suivre les médecins… 

Jean Deleuze, La Revue du Praticien (éditorial à paraître dans le n°2, février 2021)

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