Diffusion en différé de la plénière d’ouverture de la 20e édition des Journées nationales de médecine générale (JNMG), le congrès de La Revue du Praticien. Une question volontiers provocatrice à laquelle les orateurs invités, le Dr Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé publique France, et la Pr Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, ont tenté de répondre. 

 

En France avec 75 % de personnes vaccinées, l’épidémie marque le pas. Toutes les données montrent la très grande efficacité de la vaccination, après l’injection d’une seconde dose, pour réduire le risque d’être contaminé et plus particulièrement, en cas d’infection, pour diminuer de façon significative les formes graves. Malheureusement, la proportion importante d’une population d’adultes encore non vaccinés demeure une contribution majeure à la dynamique de l’épidémie en termes de sujets jeunes nouvellement infectés et de transmission du virus, à partir du foyer qu’ils constituent, à des sujets plus âgés qui risquent d’être hospitalisés, même s’ils ont été vaccinés.

Si le plafond de verre auquel se heurte la vaccination (et le risque qu’il engendre de voir émerger d’autres variants plus contagieux) rend illusoire la disparition de l’épidémie, l’espoir se porte aussi sur les avancées de la prise en charge des personnes infectées. Sur ce plan, les progrès ont été majeurs et rapides. Si l’hypothèse d’une action bénéfique liée à l’usage de l’hydroxychloroquine et/ou de l’azithromycine a été vite écartée (même leurs plus chauds partisans au Brésil et en Inde ne recommandent plus ces traitements qui dans cette indication se sont même souvent avérés délétères), le pronostic des patients atteints de forme grave s’est beaucoup amélioré avec une réduction significative de la mortalité. La prescription, dans des indications raisonnées, de la corticothérapie ou des traitements anticoagulants, l’optimisation de l’oxygénothérapie, le décubitus ventral sont autant de mesures qui ont été vite intégrées et diffusées. Au-delà, les pistes thérapeutiques sont nombreuses, que ce soit avec les immunomodulateurs qui ouvrent la voie d’une médecine personnalisée (un phénomène nouveau en pathologie infectieuse), les anticorps monoclonaux (avec la possibilité d’une prescription dans des situations de pré- ou de post-exposition à l’infection), ou la prescription d’antiviraux spécifiques, les perspectives sont passionnantes, sans compter les futurs vaccins par voie nasale… Si la pandémie a été un événement d’une brutalité inouïe, la capacité à lui résister et lui opposer d’extraordinaires progrès thérapeutiques est tout aussi notable, n’en déplaise aux conspirationnistes de tout poil… 

Jean Deleuze, La Revue du Praticien

Figures et tableaux