En France, les statistiques de l’Assurance maladie relèvent plus de 3 000 fractures de l’acétabulum par an, dont 1 000 avant 60 ans, et plus de 15 000 fractures du bassin, dont 5 000 avant 60 ans.Les classifications historiques radiographiques des fractures du bassin (Judet et Letournel pour les fractures de l’acétabulum, Tile, Young et Burgess pour les fractures non acétabulaires, Denis puis Roy-Camille pour les lésions sacrées et spino-pelviennes) ne reflètent pas la complexité des lésions.Le scanner avec reconstruction 3D permet d’identifier onze sites lésionnels possibles, d’évaluer les déplacements en translation et rotation dans les trois plans de l’espace, de guider leur prise en charge selon six principes : le bassin est un anneau rigide qui perd sa stabilité à partir de deux lésions complètes, les lésions osseuses non déplacées peuvent se consolider, mais pas les lésions ligamentaires, ni les grands déplacements ; deux lésions postérieures complètes réalisent une disjonction spino-pelvienne, les lésions acétabulaires sont articulaires.Ces onze lésions unitaires des fractures du bassin sont postérieures (fractures du sacrum verticales ou horizontales, disjonctions sacro-iliaques pures ou associées à une fracture de la tubérosité postérieure iliaque, fractures alaires), acétabulaires (interrompant l’anneau pelvien ou non, situées au niveau des parois ou colonnes antérieure ou postérieure, fracture sur os fragile), antérieures (fractures du cadre obturateur, disjonctions de la symphyse pubienne).Les fractures non déplacées posent l’indication d’un traitement fonctionnel, avec un excellent pronostic.Les fractures déplacées imposent une prise en charge rapide dans un service spécialisé référent (Club Bassin Cotyle). Le transfert d’images favorise cette organisation. Les principes thérapeutiques restent inchangés : réduction et ostéosynthèse. Le contrôle de la qualité des réductions a été bouleversé par l’utilisation du scanner 3D et la navigation en peropératoire. Les techniques chirurgicales mini-invasives et de fixation percutanée tendent à devenir le gold standard. Cette chirurgie donne 85 % de bons et très bons résultats pour une fracture de l’acétabulum isolée déplacée si la réduction est anatomique. Les fractures complexes du bassin nécessitent de réduire et de fixer au moins n – 1 lésions, voire toutes les lésions, dans un délai inférieur à quinze jours, sous peine de séquelles orthopédiques, viscérales et périnéo-pelviennes. La reconstruction de l’anneau pelvien s’effectue d’arrière en avant, en solidarisant successivement les fragments du bassin à la colonne vertébrale, après quatre à cinq jours en cas de chirurgie à ciel ouvert pour limiter le saignement per-opératoire, parfois en deux temps, et en coopération avec les réanimateurs et les autres équipes chirurgicales. Le traitement du cal vicieux est complexe.
Pomme Jouffroy et Guillaume Riouallon, chirurgie orthopédique et traumatologie, hôpital Saint-Joseph, Paris, France
30 septembre 2025