La dernière étude Esteban, publiée par Santé publique France en 2021, indiquait déjà des niveaux d’imprégnation en cadmium plus élevés pendant la période 2014 - 2016 que dans l’enquête précédente (Étude nationale nutrition et santé 2006 - 2007). Plus récemment, la troisième étude de l’alimentation totale (EAT3) de l’Anses montre une augmentation de la part de population dépassant la dose journalière tolérable : entre 23 et 27 % pour les enfants, et 1,4 à 1,7 % chez les adultes.
Via l’agrégation de différentes voies et sources d’exposition au cadmium, un tout nouveau rapport d’expertise de l’Anses a permis de simuler les imprégnations actuelles de la population française en considérant l’accumulation du cadmium dans l’organisme tout au long de la vie. Pour rappel, ce métal lourd, classé cancérogène, s’accumule dans l’organisme et expose à des risques rénaux, osseux et à long terme oncologiques.
Les résultats confirment qu’une part significative de la population dépasse les valeurs sanitaires de référence. Il s’agit des valeurs sanitaires repères biologiques (sang, urines) par tranche d’âge, ce qui correspond à une imprégnation à ne pas dépasser à l’âge de 60 ans, compte-tenu du caractère bioaccumulable du cadmium dans l’organisme. « Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », explique Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses.
Dans son évaluation, l’Anses a étudié l’ensemble des sources d’expositions possibles : alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme, ainsi que les différentes voies d’exposition (ingestion, inhalation, cutanée). Les résultats confirment que, dans la population non fumeuse, l’alimentation est la source majeure d’exposition. Les aliments les plus contributeurs sont des produits fréquemment consommés et notamment certains produits céréaliers : céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes.
Des leviers d’action prioritaires
Pour freiner cette exposition préoccupante, l’Agence a identifié plusieurs leviers d’action. En priorité, il s’agit de s’attaquer à la principale source de la contamination des aliments : la présence de cadmium dans les sols agricoles, provenant notamment de l’utilisation de matières fertilisantes, en particulier des engrais minéraux phosphatés. Ainsi, l’Anses appelle à appliquer dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes. Elle préconise aussi le recours à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou produits dérivés contenant moins de cadmium. Lorsque cela n’est pas possible, la mise en œuvre de procédés de décadmiation est recommandée. La révision de l’étiquetage des engrais, en mentionnant leur teneur en cadmium, est également souhaitée.
Enfin, l’Anses soutient la promotion de nouvelles pratiques agricoles, telles que l’ajustement du type et des quantités des matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures, le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium.
Que faire en tant que consommateur ?
Si la réduction de l’exposition au cadmium passe avant tout par ces actions collectives visant les sources de contamination, que peut faire le consommateur en attendant ? Dans la mesure où cette exposition est diffuse et concerne une grande variété d’aliments du quotidien, la marge de manœuvre individuelle reste limitée.
L’agence souligne toutefois que le respect des repères de consommation du Plan national nutrition santé (PNNS) peut contribuer, au moins en partie, à réduire l’exposition, tout en apportant des bénéfices nutritionnels. Elle recommande donc de :
limiter la consommation de produits sucrés ou salés à base de blé, comme les céréales du petit-déjeuner, les barres de céréales, les gâteaux ou les biscuits, mais aussi de crustacés, mollusques, algues, abats ;
introduire davantage de légumineuses dans les repas, à la place des aliments à base de blé comme les pâtes ;
varier les sources d’approvisionnement : alterner les denrées provenant de différentes zones ou filières.
Ce message est repris par l’Association française de pédiatrie ambulatoire : il ne faut pas trier ni supprimer des aliments, mais diversifier l’alimentation. Au-delà des messages alarmistes, ce rapport est aussi l’occasion de promouvoir des habitudes alimentaires plus saines, notamment chez les enfants.
Pour informer les professionnels de santé et guider les patients, l’URPS Médecins libéraux Grand Est et l’Association santé environnement France (ASEF) ont réalisé des flyers téléchargeables ici.
Anses. Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé ? 25 mars 2026.
Anses. Avis et rapport d’expertise collective. Priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation de la population française selon une approche d’exposition agrégée. Février 2026.
Nobile C. Acrylamide et métaux lourds dans l’alimentation : rapport de l’Anses. Rev Prat (en ligne) 12 février 2026.
URPS Médecins libéraux Grand Est, Association santé environnement France (ASEF). Kit cadmium : comment réduire son exposition. Dépliants pour professionnels de santé et patients. Février 2026.
HAS. Dépistage, prise en charge et suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence. 7 octobre 2024.