En France, les surfaces boisées exposées aux incendies se situent principalement dans la moitié sud du pays. Mais avec le dérèglement climatique, cette menace s’étend progressivement vers le nord et devrait s’accentuer dans les prochaines années.
Que contient la fumée des feux de végétation ?
La composition est variable selon les conditions de combustion, le type de végétation, l’humidité de l’air. Si les feux intenses générèrent aussi des particules de cendres dites géantes, 80 % des particules en suspension sont des particules fines, transportables sur de longues distances (jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres). Le monoxyde de carbone est produit à proximité de l’incendie. On recense aussi d’autres substances chimiques : dioxyde de carbone (CO2), composés organiques volatils (dont acroléine, formaldéhyde et benzène), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), métaux lourds et oxydes d’azote (NOx).
Quels sont les effets des fumées des feux de forêt sur la santé ?
Dans son expertise publiée en juillet 2026, l’Anses dresse un état des connaissances actualisé sur les effets sur la santé de la pollution de l’air générée par les incendies de végétation de grande ampleur.
L’inhalation à court terme des fumées provoque des symptômes respiratoires d’irritation. Elle peut entraîner une décompensation des maladies respiratoires telles que l’asthme, et provoquer une altération transitoire de la fonction pulmonaire.
Des symptômes directs ou indirects d’irritations ORL (maux de gorge, otites) et cutanées (dermatite atopique, démangeaisons) sont aussi décrits.
Les données suggèrent une possible influence délétère sur la santé cardiovasculaire (HTA, arythmie cardiaque et autres cardiopathies), bien que les preuves soient plus limitées.
Y a-t-il des populations à risque ?
Les pompiers sont particulièrement exposés, de manière directe lors des phases d’attaque du feu, mais aussi indirecte, pendant les phases de surveillance, d’enquête, de déblai et lors du retour en caserne (contamination des équipements, du matériel ou des véhicules par les suies).
D’autres populations sont vulnérables : les nourrissons et les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées ou souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires, les diabétiques, les immunodéprimées et les dialysées, ainsi que les personnes en situation de précarité socio-économique.
La combustion, les dépôts et transferts de cendres et de substances toxiques peuvent affecter les sols et les ressources en eau, avec des conséquences potentielles sur les écosystèmes terrestres et aquatiques et sur la qualité des eaux destinées à la consommation humaine.
Enfin, certaines substances peuvent interférer avec le développement des plantes et affecter les productions agricoles.
Comment se protéger ?
Dans les zones non évacuées où parviennent les panaches de fumées des feux de forêt, il est recommandé de :
limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur ;
garder les portes et fenêtres fermées et n’aérer que lorsque les conditions le permettent ;
occulter les aérations avec des linges humides ;
arrêter les ventilations mécaniques contrôlées (VMC) durant les épisodes de fumées ;
éviter les activités physiques en plein air dans le secteur ;
veiller à la qualité de l’air à l’intérieur de son domicile en évitant l’encens, les bougies, etc. ;
être très attentif aux personnes sensibles.
Pour les personnes sensibles :
en cas d’exposition directe aux fumées, porter un masque filtrant (de type FFP2) ;
en cas d’apparition de symptômes ou d’une gêne respiratoire, contacter un médecin généraliste ; à défaut, en fonction de l’intensité des symptômes ou de la gêne respiratoire, appeler le 15.
Les recommandations sanitaires pour le retour à domicile des habitants des zones évacuées sont indiquées dans l’encadré ci-dessous.
Retour à domicile des habitants des zones évacuées : recos sanitaires
Éviter tout contact avec la suie, les cendres et les poussières.
Pour le nettoyage intérieur et extérieur (terrasse, mobilier de jardin) :
ne pas utiliser son aspirateur pour retirer les poussières, ainsi que tout souffleur, tout nettoyeur haute pression (type karcher) ou balayage à sec pouvant mettre en suspension des particules ;
nettoyer les surfaces à l’eau uniquement : lingettes humidifiées pour les objets et meubles de la maison et serpillères humides pour les sols ;
porter des gants lors des opérations de nettoyage ou de remise en état ;
se laver les mains à l’eau et au savon après retrait des gants, et après les activités extérieures ;
pour les personnes à risque et les femmes enceintes, le port du masque FFP2 est de plus recommandé pour ces opérations de nettoyage.
Laver à l’eau les légumes et fruits du jardin avant consommation et éplucher les légumes racine et tubercules.
Consommer uniquement des œufs vendus en magasins : par principe de précaution, en attendant les résultats des prélèvements effectués dans les élevages, il est déconseillé de consommer les œufs issus des poulaillers de particuliers.
Évacuer l’eau restée stagnante dans le branchement d’eau destinée à la consommation (laisser couler les robinets intérieurs pendant deux minutes).
Vérifier le bon fonctionnement des équipements des piscines : filtration, désinfection et retrait des déchets à l’épuisette.
D’après : ARS Nouvelle-Aquitaine. Feux de forêts – Impact sanitaire et recommandations. 4 avril 2023.
Anses. Rapport d’expertise collective. Pollution liée aux incendies de végétation et effets sur la santé humaine et sur l’environnement. Juin 2026.
Anses. Note relative à l’état des lieux des consignes en cas d’incendies de végétation de grande ampleur pour la protection de la santé des populations et à l’établissement d’une liste socle de substances et méthodes de mesure pour la surveillance des panaches de fumées issus des feux de végétation de grande ampleur. 11 juin 2024.
Anses. Rapport d’expertise collective. Effets sanitaires liés à la pollution générée par les feux de végétation à l’air libre. Mai 2012.
ARS Nouvelle-Aquitaine. Feux de forêts – Impact sanitaire et recommandations. 4 avril 2023.