La course à pied est souvent présentée comme un facteur de risque d’usure des disques intervertébraux (DIV), mais qu’en est-il vraiment ? Une revue systématique avec méta-analyse a scruté l’association entre état des disques intervertébraux à l’imagerie et différentes activités physiques, avec des conclusions étonnantes.

Il est communément reconnu que le pivot du vieillissement du rachis est le disque intervertébral . Les facteurs aggravants ou accélérateurs de l’usure des disques peuvent être intrinsèques (âge, génétique, facteurs vasculaires) comme extrinsèques (sollicitation mécanique inadaptée [hypo- ou hyperutilisation], fatigue, manque d’échauffement avant un effort). Mais quid del’effet sur les DIV des principaux sports, dont notamment la course à pied, plébiscitée pour son faible coût et ses effets bénéfiques sur la santé CV et mentale ? Ces activités seraient-elles aggravantes, neutres ou protectrices ? Les données actuelles sont limitées, sans méta-analyse d’ensemble pour trancher (bien que des travaux récents en français et en anglais, dans le cas spécifique de la marche à pied,suggèrent respectivement un effet positif ou incertain voire négatif à court terme).

Afin de répondre à ces questions, une équipe internationale de 12 scientifiques a réalisé sa propre revue systématique avec méta-analyse. Ils ont recherché dans 7 bases de données bibliographiques (Pubmed, Cinahl, Sportdiscus, Embase, Central, Web of Science, Scopus) l’ensemble des publications indexées jusqu’au 3 juin 2025 évaluant l’état de santé des DIV par IRM dans une population comprenant un groupe contrôle, et un groupe de sujets pratiquant un exercice physique (activité aérobie ou non, réalisée en posture érigée [course, ski] ou non, sport de contact ou non [vélo, natation], etc.). Les études pouvaient être des études randomisées, de cohorte ou transversales. En raison de la grande diversité d’études comparées (type de sport et durée d’exposition, critères de jugement) et de l’absence de référence existante définissant une amélioration cliniquement significative des DIV à l’imagerie, les auteurs ont utilisé comme seuil statistique d’équivalence un g de Hedges compris entre - 0,5 et 0,5, ou un odds ratio (OR) compris entre 0,8 et 1,25. Au-dessus ou en-deçà, l’effet de l’exercice était jugé cliniquement significatif, respectivement en bien ou en mal.

39 études et plus de 4 000 participants inclus

La revue systématique est parue le 16 mars 2026 dans Sports Medicine. En tout, elle a regroupé 39 études (2 essais randomisés, 9 études de cohorte et 28 études transversales) comprenant 4 152 participants. Parmi eux, 2 219 personnes (soit 53 %) faisaient partie du groupe exposé à une activité physique ; 23 % de femmes), et le reste (47 %) du groupe contrôle (17 % de femmes). Dans le premier groupe, l’âge moyen allait de 12 à 68 ans, avec 37 % de personnes souffrant de lombalgie ; dans le groupe contrôle, il variait de 11 à 56 ans, avec 14 % de lombalgie.

Parmi les nombreuses interventions sportives évaluées, seule la course à pied (incluse dans 80 % des études) se distinguait par son association à un changement statistiquement significatif de l’état des DIV à l’imagerie, dans le sens d’un effet bénéfique (g de Hedges = 0,31, IC95 % = [0,12 ; 0 ; 50] ; p = 0,002 ; n = 7 études incluses pour cette statistique). Si ce g ne dépasse pas les 0,5 indiquant un effet cliniquement significatif, il suggère toutefois un effet bénéfique de la course.

Pour les auteurs, ces résultats indiquent qu’à l’heure actuelle, seule l’exposition à la course à pied est associée dans la littérature à une meilleure santé des DIV. Les résultats mitigés sur les DIV de la pratique de plusieurs sports à la fois suggèrent que la nature de la pratique sportive joue un rôle sur la santé des DIV. Par exemple, l’aviron semble associé à plus de dégradation des DIV, car la charge est répartie de manière asymétrique sur les disques, du fait du mouvement des sportifs. L’haltérophilie, quant à elle, pourrait dégrader les DIV par le soulevé de charges trop importantes. Cependant, ces analyses restent préliminaires du fait qu’elles se basent surtout sur des données observationnelles, et nécessitent des études prospectives pour conclure à une relation causale.

En attendant les résultats de futures études complémentaires, il reste bien sûr conseillé de pratiquer une activité physique régulière en privilégiant constance et endurance (par exemple, alterner marche rapide et lente 30 minutes/jour avec des exercices posturaux) pour prévenir le vieillissement de la colonne vertébrale.

Pour en savoir plus
Samanna CL, Owen PJ, Mitchell UH, et al. The impact of exercise on intervertebral disc health: A systematic review and meta-analysis. Sports Med 2026;56(4):941-65.
Rigaud AC. Courir donne-t-il du rebond aux disques intervertébraux ?  JIM 4 mai 2026.
Parisis J, Delvaux F, Kaux JF, et al. Course à pied et lombalgie : revue narrative de la littérature.  J Traumatol Sport 2025;42(1):21-7.
Lefevre-Colau MM. Que fait la course à pied aux disques intervertébraux ?  JIM 13 octobre 2025.
Vital JM, Sénégas J, Bouloussa H, et al. Vieillissement physiologique de la colonne vertébrale. Rev Prat 2021;71(5):497-508.
Dubousset J. Mesures préventives du vieillissement de la colonne vertébrale.  Rev Prat 2021;71(5):519-21.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?