Bien que l’allaitement soit bénéfique pour la santé du nouveau-né1, plusieurs paramètres peuvent en compromettre la poursuite (douleurs, mauvaise prise du sein, poids insuffisant, etc.)2. Si le frein lingual peut altérer la prise du sein, le rôle du frein labial (ou maxillaire) demeure controversé. Une étude a donc analysé l’association entre ses caractéristiques cliniques (épaisseur, attache, mobilité de la lèvre) et les difficultés précoces d’allaitement, ainsi que les éventuelles indications opératoires.
Cette étude de cohorte prospective observationnelle, menée du 2 août 2023 au 31 janvier 2024 dans le cadre du projet LINNE, portait sur 264 dyades mère-enfant consécutives au CHU d’Oulu (Finlande). Seuls étaient éligibles les nouveau-nés sains nés à terme (au moins 37,0 SA à l’inclusion), en excluant prématurité, anomalie majeure ou maladie grave de l’enfant ou de la mère et absence d’allaitement. L’épaisseur et le type tissulaire du frein, la distance entre l’attache gingivale et le bord alvéolaire, la mobilité de la lèvre retournée contre le nez, la pâleur cutanée à l’étirement et les coussinets ou ampoules de succion de la lèvre supérieure ont été évalués par des médecins. L’examen des seins, des mamelons et de la succion des nourrissons a été réalisé par des sage-femmes, toutes formées au conseil en allaitement. Les mères ont renseigné le score d’expérience maternelle de l’allaitement (« Maternal Breastfeeding Experience Score »), développé dans le cadre du projet LINNE3. À 6 mois, un questionnaire a recueilli les suites de l’allaitement et d’éventuels gestes chirurgicaux.
Parmi les 264 nouveau-nés (42,8 % de filles ; âge gestationnel moyen : 39,5 [± 1,2] semaines), 228 mères (86,4 %) ont rapporté des difficultés précoces d’allaitement, dominées par des douleurs (55,3 %) et des difficultés de prise du sein (45,8 %). Les caractéristiques périnatales étant comparables.
Les résultats, parus dans JAMA Network Open en mai 20264, ne révèlent aucune association significative entre les caractéristiques du frein labial et les difficultés d’allaitement. Les mères qui n’éprouvaient pas de difficulté avaient plus souvent une expérience antérieure d’allaitement (77,8 % contre 50,9 % ; p = 0,003) et rapportaient moins de douleurs (3 [8,3 %] contre 143 [62,7 %] ; p < 0,001). Selon l’analyse, seul le nombre d’enfants précédemment allaités était associé à des moindres problèmes d’allaitement (odds ratio : 0,80 [IC95 % : 0,67 à 0,97] ; p = 0,02). Le besoin chez la mère de corriger la position de la lèvre de l’enfant au cours de la tétée était plus fréquent pour les nourrissons dont le frein lingual nécessitait un traitement précoce (43,6 % contre 20,8 %). D’après les données du suivi à 6 mois (152 réponses soit 57,6 %), complétées par celles hospitalières, seuls 4 freins labiaux (1,5 %) avaient été sectionnés, dont 3 associés à une frénectomie linguale ; aucun de ces freins n’était particulièrement épais ni raide.
En somme, chez le nouveau-né à terme en bonne santé, un frein labial isolé et nuisible est très rare et ne semble jouer qu’un rôle très limité dans les obstacles à l’allaitement, qui sont davantage associés à l’inexpérience maternelle. Aucune indication opératoire n’a été confirmée. D’après les auteurs, les difficultés d’allaitement complexes méritent une évaluation approfondie plutôt qu’une simple section chirurgicale.
2. Gianni ML, Bettinelli ME, Manfra P, et al. Breastfeeding difficulties and risk for early breastfeeding cessation. Nutrients 2019;11(10):2266.
3. Lehtinen A, Lohi V, Aitamurto S, et al. Tongue-tie diagnosis using the Lingual frenulum in newborn infants (LINNE)-scoring: a validation study. PLoS One 2025;20(12):e0338491.
4. Niemelä L, Lohi V, Aitamurto S, et al. Upper Lip Frenulum Findings and Breastfeeding Problems in Healthy Newborns.JAMA Netw Open 2026;9(5):e2613308.