Depuis des millénaires, « l’arbre aux quarante écus » fait partie de la pharmacopée chinoise. Ses effets thérapeutiques ont été étudiés en Occident à partir des années 1950. Aujourd’hui, des extraits de feuilles ou de graines grillées de ginkgo entrent dans la composition de produits pharmaceutiques. Loin de caracoler au top des ventes, ces derniers ont pourtant une place bien identifiée en phytothérapie.
Mécanismes d’action potentiels
Les extraits de ginkgo contiennent des polyphénols, des flavonoïdes anti-oxydants et des terpénolactones (ginkgolides, bilobalides) dotés de propriétés anticoagulantes. En outre, des tests in vitro suggèrent des effets protecteurs sur les parois des vaisseaux sanguins : augmentation du tonus veineux, diminution de la perméabilité des capillaires... Certaines études en laboratoire suggèrent des effets neuroprotecteurs dont les bases moléculaires restent à élucider. Ces propriétés pourraient expliquer l’efficacité vantée du ginkgo dans plusieurs pathologies (voir ci-dessous).
Efficacité et EI
Le ginkgo a surtout été étudié dans les troubles cognitifs ainsi que dans l’AOMI. Plusieurs publications portent aussi sur la DMLA, les symptômes post-AVC ischémique ou encore les acouphènes.
À l’échelle internationale, l’OMS indique qu’il ne présente aucun bénéfice en cas de troubles cognitifs. Une revue Cochrane de 2026 (82 essais randomisés inclus, plus de 10 000 participants) évoque des effets négligeables voire nuls dans les troubles cognitifs légers.
Le consensus 2024 de la Société européenne de cardiologie sur l’AOMI déconseille le ginkgo, en écho à une synthèse de 2013 qui aboutit à l’absence de preuves de bénéfice clinique.
Les études Cochrane sur la DMLA, les acouphènes et la récupération post-AVC ischémique sont aussi peu concluantes.
Les travaux notent de rares EI légers (maux de tête, vertiges, douleurs abdominales, nausées...). Les RCP listent des EI plus graves, de fréquence indéterminée : saignements, réactions d’hypersensibilité... Les données de pharmacovigilance françaises comptabilisent 362 déclarations d’EI suspectés entre 2014 et 2024, remplies à 81 % par un médecin ou un pharmacien. Les nausées et vomissements arrivent en tête, suivis par les asthénies et les affections cutanées.
Médicament vs complément alimentaire : les règles européennes
Les compléments alimentaires au ginkgo n’ont pas de composition type. Ils sont contre-indiqués chez la femme enceinte, avant l’âge de 18 ans, en cas d’épilepsie, et dans les 4 jours avant un acte invasif programmé. Leur étiquetage doit comporter l’avertissement suivant : « Consultez votre médecin en cas de prise simultanée d’anticoagulants ». Ils n’ont pas d’allégation de santé autorisée.
Les médicaments ont une concentration standardisée en principes actifs : 22 - 27 % de flavonoïdes, 5 - 7 % de terpénolactones. Ils sont administrés sous forme de comprimés, gélules ou solution buvable à la dose de 120 à 240 mg/j.
Et en France ?
Huit médicaments sont commercialisés : Ginkgo 40 mg cp (Arrow Conseil, EG Labo Conseil, Biogaran), Ginkogink (solution), Ginkor Fort (gélule), Tanakan (40 mg cp et 40 mg/mL solution), Vitalogink 40 mgcp. La HAS considère qu’ils offrent un service médical rendu insuffisant. Par conséquent, ils ne sont pas remboursés ni soumis à prescription médicale.
Ginkor Fort est utilisé dans les troubles de la circulation veineuse des jambes (sensation de lourdeur, douleurs, impatiences au coucher…), et contre les symptômes liés à la crise hémorroïdaire. Toutes les autres spécialités ont une AMM dans le traitement symptomatique des troubles cognitifs du sujet âgé, hors démence confirmée, maladie de Parkinson, troubles cognitifs iatrogènes ou secondaires à une dépression ou des troubles métaboliques.
Enfin, il existe deux préparations homéopathiques (Boiron et Lehning).