La goutte est associée à un surrisque cardiovasculaire (CV) de 50 %. Si le contrôle de l’uricémie par un traitement hypo-uricémiant réduit les crises, son impact sur ce surrisque demeure incertain. Une vaste étude a évalué l’association entre l’atteinte d’une cible d’uricémie inférieure à 6 mg/dL dans l’année suivant l’initiation du traitement et le risque d’événements CV à cinq ans.Cette étude de cohorte nationale observationnelle a été menée à partir des données du Clinical Practice Research Datalink du NHS britannique. Elle visait à évaluer l’association entre l’atteinte d’un taux sérique d’urate (SU) inférieur à 6 mg/dL dans les douze mois suivant le démarrage d’un traitement hypo-uricémiant (ULT) et le risque d’événements cardiovasculaires majeurs (MACE) sur une période de cinq ans. L’étude a porté sur 109 504 patients adultes (âge moyen : 62,9 ans ; 22,2 % de femmes) nouvellement traités par ULT — dont 99,2 % recevaient de l’allopurinol — et présentant un taux d’urate prétraitement supérieur à 6 mg/dL.Les participants ont été répartis en deux groupes : ceux ayant atteint la cible thérapeutique (groupe « T2T ULT » [treat-to-target] : 27,3 % des patients) et ceux ne l’ayant pas atteinte (groupe « non-T2T ULT »).Le critère de jugement principal était la survenue d’un premier MACE, défini comme un infarctus du myocarde non mortel, un AVC non mortel ou un décès d’origine cardiovasculaire.Les résultats montrent que les patients ayant atteint la cible thérapeutique (groupe « T2T ULT ») avaient une survie sans MACE à cinq ans significativement supérieure (89,4 %) par rapport à ceux du groupe non T2T (88,3 %), et une réduction relative du risque de 9 %. Ce phénomène était encore plus marqué chez les patients atteignant un SU inférieur à 5 mg/dL, avec une différence de survie de 2,6 %. De plus, le bénéfice était plus prononcé chez les patients présentant un risque CV élevé ou très élevé selon les critères de la Société européenne de cardiologie (ESC). Les chercheurs ont également identifié une diminution des crises de goutte dans le groupe « T2T ».Cette étude suggère qu’un contrôle strict de l’uricémie dans l’année suivant le démarrage d’un traitement hypo-uricémiant est associé à une réduction significative du risque CV, en particulier chez les patients à haut risque.
Références
JAMA Intern Med 2026;186(3):332-42. Cipolletta E, Zverkova Sandström T, Rozza D, et al. Treat-to-target urate-lowering treatment and cardiovascular outcomes in patients with gout. PMID: 41587055