Cette étude de cohorte nationale observationnelle a étémenée à partir des données du Clinical practice research datalink du NHS britannique, avec une méthodologie d’émulation d’essai cible (à partir de données observationnelles, on simule un essai « cible », c’est-à-dire l’essai randomisé qu’il faudrait mener pour répondre à la question clinique ; ici, non réalisable pour raisons éthiques).
Cette étude visait à évaluer l’association entre l’atteinte d’un taux sérique d’urate (SU) inférieur à 6 mg/dL dans les 12 mois suivant le démarrage d’un traitement hypo-uricémiant (ULT) et le risque d’événements cardiovasculaires majeurs (MACE) sur une période de 5 ans. L’étude portait sur 109 504 patients adultes (âge moyen = 62,9 ans ± 15,2 ans [écart-type] ; 22,2 % de femmes) nouvellement traités par ULT, dont 99,2 % recevaient de l’allopurinol, et présentant un taux d’urate prétraitement supérieur à 6 mg/dL.
Les participants ont été répartis en deux groupes :
- ceux ayant atteint la cible thérapeutique (groupe « T2T ULT » [treat-to-target]) ; SU < 6 mg/dL dans les 12 mois (27,3 % des patients) ;
- ceux ne l’ayant pas atteint (groupe « non-T2T ULT »).
Le critère de jugement principal était la survenue d’un premier MACE, défini comme un infarctus du myocarde non mortel, un AVC non mortel ou un décès d’origine cardiovasculaire.
Les résultats, publiés dans JAMA Internal Medicine en janvier 2026,1ont montré que les patients ayant atteint la cible thérapeutique (groupe « T2T ULT ») avaient une survie sans MACE à 5 ans significativement supérieure (89,4 % ; IC95 % : 88,9 - 89,8) par rapport à ceux du groupe non-T2T (88,3 % [88,0 - 88,6]), avec une différence absolue de 1,0 % [0,5 - 1,6]) et une réduction relative du risque de 9 % (hazard ratio [HR] pondéré : 0,91 [0,89 - 0,92]). Ce phénomène était encore plus marqué chez les patients atteignant un SU < 5 mg/dL, avec une différence de survie de 2,6 % (0,9 - 3,6) et un HR de 0,77 (0,72 - 0,81). De plus,l’analyse stratifiée a révélé que le bénéfice était plus prononcé chez les patients présentant un risque CV élevé ou très élevé, selon les critères de la Société européenne de cardiologie (ESC), avec une interaction significative (p = 0,005).
Les chercheurs ont également identifié une diminution des crises de goutte dans le groupe « T2T » (HR : 0,97 [0,95 - 0,99]).
Cette étude suggère qu’un contrôle strict de l’uricémie (SU < 6 mg/dL, idéalement < 5 mg/dL) dans l’année suivant le démarrage d’un traitement hypo-uricémiant est associé à une réduction significative du risque CV, en particulier chez les patients à haut risque.