Obstétrique. Seul traitement de la stérilité d’origine utérine, la transplantation de l’utérus (26 cas publiés dans le monde) est aussi la seule à but fonctionnel éphémère.
L’infertilité utérine concerne 1 femme sur 500 en âge de procréer.1 Dans une étude observationnelle française, les infertilités d’origine utérine étaient principalement dues au syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH) pour 75 % des femmes, à des causes iatrogéniques (hystérectomie pour cancer pour 7,2 %, causes bénignes pour 7,2 % et hémorragie de la délivrance pour 5 %) et en second lieu le syndrome d’insensibilité complète aux androgènes (2,2 %) et les malformations liées au Distilbène (0,7 %).2 En dehors de la gestation pour autrui et de l’adoption, la seule solution pour ces femmes d’atteindre la maternité est la transplantation utérine.
La première greffe utérine a été réalisée en Arabie saoudite à partir d’une donneuse vivante en 2002.3 La receveuse avait subi une hystérec- tomie d’hémostase après une hémorragie grave de la délivrance. Malheureusement, une exérèse du greffon a été nécessaire à 99 jours de la transplantation à cause d’une nécrose utérine. La deuxième greffe a eu lieu en Turquie à partir d’une jeune femme en état de mort encé- phalique.4 La receveuse avait alors 26 ans et était porteuse du syndrome de MRKH. Toutes ses grossesses se sont soldées par une fausse couche.5
Après plus de 15 ans d’expérimentation animale, c’est l’équipe suédoise menée par le Pr Brännström qui a permis d’obtenir la première naissance après greffe utérine.6 Depuis, cette équipe a réalisé neuf greffes utérines à partir de donneuses vivantes : parmi elles, sept ont été un succès, huit enfants bien portants sont nés dont deux pour deux patientes.7 Cette chirurgie expérimentale a ensuite diffusé. La conférence internationale de transplantation utérine de septembre 2017 a regroupé toutes les équipes s’essayant à cette technique.8 Sur les 38 greffes utérines pratiquées dans le monde, un premier tiers a été réalisé entre 2000 et 2015, alors que les deux tiers suivants ont eu lieu les deux dernières années. Les données publiées sont résumées dans le tableau 1.7 Dix enfants bien portants issus de ces programmes ont pu voir le jour : huit en Suède, deux aux États-Unis et le dernier au Brésil. La majorité des greffes ont été réalisées à partir de donneuses vivantes, et la seule naissance après une greffe issue d’une donneuse décédée a eu lieu au Brésil.
Deux équipes françaises ont obtenu l’autorisation de mener des transplantations utérines : l’équipe de l’hôpital Foch à Suresnes à partir de donneuses vivantes et l’équipe de Limoges à partir de donneuses décédées.
Les critères d’éligibilité des donneuses et receveuses sont décrits dans le tableau 2 et les schémas de déroulement des procédures sont illustrés dans les figures 1, 2 et 3. À ce jour, les premières patientes ont été reçues en consultation.

Caractéristiques des receveuses et des donneuses

Parmi les données publiées (tableau 1), la majorité (87 %) des patientes receveuses étaient atteintes du syndrome de MRKH. Les autres avaient dû subir une hystérectomie : l’une pour un cancer du col et l’autre pour une hémorragie grave de la délivrance. L’âge médian des receveuses était de 28 ans, et l’indice de masse corporelle (IMC) médian de 22,4 kg/m² ; 28 % des receveuses fumaient et 22 % avaient une malformation rénale (3 reins uniques et 1 rein unique pelvien). Toutes les patientes étaient dans une relation durable et étaient psychologiquement stables. Dans l’équipe suédoise, elles avaient entre 27 et 38 ans et devaient avoir un IMC inférieur à 25 kg/m².9
Seule la donneuse de l’équipe turque a été décrite : une patiente de 22 ans, n’ayant jamais eu d’enfant en état de mort cérébrale à la suite d’un accident de la route.10

Déroulement de la phase de pré-greffe

Des explorations extensives étaient nécessaires aussi bien pour la donneuse que pour la receveuse. Elles incluaient des examens radiologi- ques, cliniques, des bilans sanguins généraux et spécifiques (prélèvements bactériologiques, sérologies virales, tests de compatibilité ABO et HLA),...

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