92 000 hospitalisations et 17 000 décès : tel est le bilan de l’épidémie de grippe 2024 - 2025. Plus de neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus. Au-delà de la mortalité et de la morbidité qui lui sont liées chaque année, la saison grippale entraîne de fortes tensions sur le système de soins, jusqu’à provoquer des mesures exceptionnelles (déprogrammations, plans blancs…). S’y ajoutent les risques – longtemps sous-estimés avant la pandémie de Covid – de transmissions du virus, y compris au stade pré-asymptomatique, au sein des établissements hospitaliers ou médico-sociaux accueillant des personnes vulnérables.
C’est dans ce contexte que la HAS a été saisie par le gouvernement pour évaluer la pertinence d’instaurer une obligation vaccinale antigrippale chez les personnes âgées résidant en Ehpad, les personnels de ces établissements et les professionnels de santé libéraux. Pour rappel, un précédent avait tourné court : en 2006, l’obligation vaccinale visant certains professionnels avait été suspendue avant même son entrée en vigueur.
Personnes âgées en collectivité
Au terme de son analyse, la HAS considère que la vaccination antigrippale pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité doit rester recommandée sans devenir obligatoire. Cette position tient compte d’une couverture vaccinale déjà élevée chez les résidents d’Ehpad et « des enjeux éthiques spécifiques aux établissements qui constituent également des lieux de vie ». Elle rappelle aussi l’importance des autres mesures à associer systématiquement : bonne ventilation des espaces ; isolement des personnes malades ; nettoyage des surfaces ; respect, par tous, des mesures d’hygiène et du port du masque.
Professionnels dans les secteurs sanitaire et médico-social
À la différence de celle des personnes âgées, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels stagne à un niveau largement insuffisant. Et ce, malgré des recommandations existantes depuis de nombreuses années et la mise en place de mesures incitatives. Cette réticence concernerait surtout les personnels paramédicaux : selon le rapport de l’Académie de médecine, si plus de la moitié des médecins (56 %) sont vaccinés contre la grippe, seulement un tiers des infirmiers (34 %) et moins d’un aide-soignant sur cinq (19 %) le sont. En Ehpad, la couverture vaccinale n’est que de 21 %. Or, plusieurs études montrent que la vaccination des professionnels contribue à protéger les résidents, en réduisant les infections respiratoires et la mortalité.
Ainsi, la HAS recommande l’obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour :
tous les professionnels de santé (salariés et/ou libéraux) ;
les autres professionnels des établissements de santé et des Ehpad, en contact avec des personnes à risque de forme sévère de grippe ;
l’ensemble des élèves et étudiants des filières médicales, paramédicales ou pharmaceutiques.
La HAS préconise un déploiement prioritaire de cette obligation dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée (USLD).
Dans les autres lieux (établissements de santé, autres établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, structures d’exercice libéral…), la mise en place sera progressive, sur une période de deux ans renouvelables un an, « dans un cadre concerté », afin de garantir la faisabilité et l’acceptabilité de la mesure.
Pour devenir effective, cette recommandation devra être suivie d’un décret précisant les modalités d’application et les personnels concernés. Pour les professionnels de santé libéraux, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 en avait déjà posé le principe, sous réserve d’un avis favorable de la HAS.
HAS. La HAS se prononce sur l’obligation vaccinale contre la grippe. 20 juillet 2026.