Trois décès, plusieurs cas confirmés et un traçage inédit : le foyer d’infections à hantavirus identifié à bord du M/V Hondius suscite de nombreuses questions. La situation reste évolutive, notamment en raison d’une période d’incubation pouvant atteindre 42 jours. Origine de l’infection, transmission, mesures et risque en France… Le point avec le Pr Brugère-Picoux, vétérinaire, professeur honoraire de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.

Trois décès et une traque internationale des cas contacts

La mort d’un passager néerlandais de 70 ans le 11 avril 2026 (symptomatiques depuis le 4 avril), quelques jours après son embarquement le 1er avril sur le bateau MV Hondius à Ushuaïa (Argentine), a été initialement considérée comme naturelle, par détresse respiratoire. Son corps a été débarqué à l’escale de Sainte-Hélène le 22 avril. Son épouse, âgé de 69 ans et déjà symptomatique, a été transféré en avion vers Johannesburg. En raison de la dégradation de son état de santé, elle n’a pas pu poursuivre sur le vol Johannesburg-Amsterdam et est décédée le 25 avril. L’hypothèse d’une « épidémie » rappelant la pandémie Covid- 19 sur le Diamond Princess est devenue évidente avec l’isolement de l’hantavirus Andes chez la néerlandaise décédée, puis l’observation d’autres cas :

  • un 3e, chez un passager du bateau, justifiant son évacuation pour des soins intensifs en Afrique du Sud ;

  • un 4e, avec le décès à bord d’une passagère allemande le 2 mai ;

  • deux membres de l’équipage (évacués aux Pays-Bas).


La situation s’est compliquée du fait que, sur les 30 passagers débarqués à Sainte-Hélène, il y a eu par la suite deux nouveaux cas confirmés (l’un est hospitalisé en Afrique du Sud et l’autre à Zurich), démontrant l’importance de rechercher les autres « cas contacts croisiéristes » – avec la difficulté de tracer leurs voyages ultérieurs, 12 pays étant concernés (vols directs ou correspondances, arrêt dans certains pays…). Il a aussi fallu rechercher les « cas contacts non croisiéristes » ayant pris le vol international Sainte-Hélène-Johannesbourg puis le vol Johannesbourg-Amsterdam, où a été présent le deuxième cas décédé. Au 10 mai 2026, aucun cas secondaire n’a été identifié parmi ces derniers (dans ce premier vol parti de Sainte-Hélène, seul l’un des huit « cas contact non croisiéristes » français identifiés a été sous surveillance du fait de symptômes discrets, avant d’être finalement testé négatif le 8 mai au soir). Il en est de même pour les 14 ressortissants français identifiés parmi les autres « cas contacts » du vol Johannesbourg-Amsterdam, soit un total de 22 ressortissants français concernés et surveillés.

Quels symptômes ?

La personne infectée est super-excrétrice du virus jusqu’à 3 jours avant de présenter un syndrome pseudo-grippal parfois discret qui peut s’aggraver rapidement lorsque la personne n’est pas hospitalisée d’urgence dans un hôpital. Cette aggravation correspond à une endothélite (virale et inflammatoire) associée à une augmentation brutale de la perméabilité capillaire (syndrome cardio-pulmonaire) avec un taux de létalité important (en moyenne 40 %). La progression rapide de l’œdème pulmonaire associé à un syndrome de détresse respiratoire aiguë, une hypotension, un choc cardiogénique nécessite une intervention rapide avec notamment la mise en place d’une ECMO.

Origine du virus

À la date du 10 mai, le virus isolé apparaît identique à celui qui sévit en Amérique du Sud, où le couple décédé a circulé avant leur embarquement, mais des travaux sont en cours pour vérifier s’il a subi une mutation ayant pu le rendre plus pathogène. Le délai de 4 jours entre l’embarquement et le début des symptômes chez le patient zéro témoigne d’une contamination antérieure à l’embarquement du 1er avril (et non liée à la présence de rongeurs sur le bateau).

Le réservoir animal sud-américain de ce virus est le rat pygmée à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), qui n’existe pas en Europe. L’homme se contamine surtout par inhalation d’aérosols contenant urine, salive ou fèces de rongeurs infectés.

Une surveillance renforcée face au risque de nouveaux cas

Il est difficile de répondre aux nombreuses questions en suspens, notamment sur la possibilité de cas asymptomatiques ou en cours d’incubation plus ou moins excréteurs.

Si le risque serait modéré selon l’OMS quant à une contamination comme le Covid- 19, il faut rappeler que, parmi les hantavirus, seul le virus des Andes se distingue par la possibilité d’une transmission interhumaine lors de contacts. Le confinement dans un milieu très clos (le bateau) peut expliquer la contamination qui a été possible avec cet hantavirus particulier à partir d’un patient zéro. Mais la particularité de connaître ce patient zéro dans le contexte d’une croisière et de pouvoir tracer les cas contacts primaires et secondaires est une aide précieuse pour juguler d’autres contaminations.

Le 10 mai, le débarquement des passagers du MV Hondius a permis leur évacuation vers leurs pays respectifs. Parmi les cinq ressortissants français sous surveillance sanitaire pendant 72 h à Paris à l’hôpital Bichat, une femme a présenté une hyperthermie pendant son transport et le matin du 11 mai ; l’infection par le virus Andes a été confirmé, alors que son état s’est dégradé nécessitant une réanimation (son état semble stabilisé).

Pour les quatre autres cas contacts français, une quarantaine stricte de 42 jours est maintenant prévue en milieu hospitalier avec des contrôles réguliers pour surveiller une éventuelle phase prodromique d’infection (décret du 11 mai). Le 11 mai, Sébastien Lecornu a renforcé aussi les mesures concernant les « cas contacts non croisiéristes » en annonçant « pour tous les cas contacts, sans exception », une « quarantaine renforcée en milieu hospitalier ».

Combien de « cas contacts infectés » par ce virus Andes au 12 mai ? Sur les 17 passagers américains retournés au Nebraska, l’un s’est révélé positif et un autre serait suspect d’être infecté. Sur les 14 ressortissants espagnols débarqués hospitalisés, deux se sont révélé positifs. Il y aurait donc 11 cas confirmés d’hantavirose, dont 3 décès, et on ne peut pas exclure la possibilité d’autres cas dans les semaines à venir, justifiant la mise en place actuelle des mesures de précaution.

Transmission interhumaine, incubation, mortalité : les leçons du foyer argentin

Un foyer humain lié à une hantavirose dans un cadre touristique est exceptionnel. On peut rappeler celui de l’été 2012 où un autre hantavirus connu en Amérique du Nord, Sin Nombre, fut à l’origine d’une série de pneumonies graves en Californie (10 cas confirmés avec 3 décès). À la différence du virus Andes, la contamination avait pour origine des souris se nichant dans l’isolant des parois d’un hébergement de camping. Ces cas cliniques furent très médiatisés pour alerter les touristes ayant pu être contaminés lors d’un hébergement dans le camping.

La seule étude très documentée sur le virus Andes a concerné un foyer en Argentine, avec quatre vagues successives de contaminations entre novembre 2018 et février 2019 conduisant à 34 cas et 11 décès (Martinez et al, 2020). La première transmission a eu lieu lors d’un repas d’anniversaire, avec un patient index contaminant ses 5 voisins – dont l’un est décédé après avoir infecté 6 personnes, dont son épouse. Cette dernière a transmis le virus à 10 personnes supplémentaires lors de la veillée funèbre de son mari ; à cette occasion, une des nouvelles personnes contaminées a infecté à son tour 3 personnes.

Cette étude a permis d’estimer des temps d’incubation variant de 14 à 40 jours – avec un taux de létalité pouvant atteindre 38 % –, de souligner le risque de transmission secondaire pour les cas contacts (dont la possibilité d’une transmission nosocomiale) et de risque accru avec certains malades « super-propagateurs » avec une charge virale importante, ainsi que d’estimer le taux de reproduction de la maladie à 2,12 (représentant le nombre de cas secondaires contaminés par un malade ; ce taux diminue à 0,96 lors de mesures sanitaires).

Il reste toutefois à déterminer si le virus isolé dans le foyer actuel présente des caractéristiques particulières, notamment une éventuelle mutation pouvant le rendre plus pathogène.

Les prochaines semaines seront donc décisives pour évaluer l’ampleur réelle de foyer, confirmer ou non l’existence de transmissions secondaires et mesurer l’efficacité des mesures sanitaires engagées.

Encadre

Hantavirus présents en France

Si le virus Andes n’est pas habituellement présent en France métropolitaine, d’autres hantavirus zoonotiques y circulent, principalement transmis par des rongeurs.

Contrairement au continent américain où les hantavirus sont responsables d’un syndrome cardiopulmonaire, ceux rencontrés en Europe et en Asie sont à l’origine de fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) avec un taux de létalité moindre (0,4 %). Cependant, en Guyane, des cas mortels ont été observés avec l’hantavirus Maripa (transmis par des rongeurs sauvages).

Les quatre espèces d’hantavirus zoonotiques circulant sur le continent européen sont les virus Puumala (PUUV), Séoul (SEOV), Dobrava-Belgrade (DOBV) et Tula (TUV). Les plus importants en France sont PUUV et SEOV.

Les cas humains de FHSR dus à PUUV sont principalement détectés dans le quart Nord-Est du territoire, où l’on peut observer des épidémies localisées. La contamination humaine est principalement associée à la présence de rongeurs sauvages qui vivent dans les habitations (granges, greniers, remises, cabanes abandonnées, etc.). L’Homme se contamine par contact avec les fèces, l’urine ou la salive du rat, généralement sous forme d’aérosols lors d’interventions dans les greniers ou les granges ou, plus rarement, par morsure. Entre 2012 et 2023, l’Institut Pasteur a recensé 1 299 cas confirmés d’hantavirose (FHSR) liés au virus PUUV.

Les cas humains d’infection par le virus SEOV sont sporadiques et peut-être sous-estimés. Les enquêtes réalisées entre 2010 et 2012 dans le Rhône par Florence Ayral ont montré que 14 % des rats étaient infectés (Ayral, 2023). Mais le rat sauvage peut aussi contaminer d’autres rats (animaux de compagnie, de laboratoire, élevages pour nourrir des reptiles et vendus congelés...).

Ce n’est que depuis un peu plus de dix ans que l’on a découvert que les rats de compagnie pouvaient être aussi infectés par ce virus au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ce risque de transmission du SEOV par le rat de compagnie pourrait être supérieur à celui provoqué par les rongeurs sauvages du fait des contacts étroits entre le rat et son propriétaire, souvent un enfant. Ces cas liés aux rats de compagnie témoignent de l’importance en santé publique de cette hantavirose liée à un animal de compagnie non traditionnel (ACNT).

Pour en savoir plus
Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées. Décret n° 2026-364 du 10 mai 2026 prescrivant les mesures d’urgence nécessaires à la gestion du risque d’infection à hantavirus Andes.  Journal officiel 11 mai 2026.
Martínez VP, Di Paola N, Alonso DO, et al. "Super-spreaders" and person-to-person transmission of Andes virus in Argentina. N Engl J Med 2020;383(23):2230-41.
Ayral F. Agents zoonotiques parmi des rats surmulots du Rhône (France) et indicateurs socio-économiques associés au risque infectieux.  Bull Acad Vet France 2023:176(1):281-5.

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