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Le magnésium est, par son abondance, le second cation intracellulaire, après le potassium. Il joue un rôle central dans environ 600 réactions enzymatiques du métabolisme cellulaire, incluant la synthèse de l’acide désoxyribonucléique (ADN) et de l’acide ribonucléique (ARN), la neurotransmission et les interactions hormone-récepteur.
La magnésémie normale se situe entre 0,65 et 1,1 mmol/L (soit 0,16 à 0,28 mg/L). Le contenu de l’organisme en magnésium est d’environ 1 000 mmol, dont seulement 1 % environ en extracellulaire. La magnésémie n’est donc pas d’une fiabilité absolue pour juger d’un état de carence.1

Sommes-nous tous carencés ?

Il existe une forte pression industrielle pour nous faire penser que notre alimentation occidentale est profondément carencée en magnésium.
Les apports recommandés de magnésium pour un adulte de plus de 30 ans sont de 320 mg/j pour la femme et de 420 mg/j pour l’homme.2
Présent dans presque tous les types d’aliments, le magnésium est particulièrement abondant dans les oléagineux, les céréales, les fruits secs et les légumes verts, puisqu’il entre dans la composition de la chlorophylle. L’agriculture intensive et l’utilisation d’engrais à base de phosphate appauvrissent le sol en magnésium.
Ainsi, de nombreux fruits et légumes auraient perdu 20 à 30 % des minéraux au cours des soixante dernières années. Lorsque les apports alimentaires en magnésium sont brutalement suspendus, le rein s’adapte rapidement en en excrétant moins de 1 mmol/L/j dans les urines. Ainsi la carence « spontanée » en magnésium est-elle rare.
En revanche, elle peut survenir dans un contexte d’alimentation insuffisante sur une longue durée, de malabsorption ou de fuite excessive du magnésium (état de cirrhose décompensée, insuffisance rénale, syndrome de malabsorption intestinale, pancréatite aiguë, brûlures étendues).
De nombreux médicaments (tableau) peuvent également être responsables d’hypomagnésémie.3 Lorsqu’elle est systématiquement recherchée, l’hypomagnésémie est constatée chez 7 à 20 % des patients hospitalisés et jusqu’à 60 % des patients en soins intensifs.

Quand doser ?

Selon les recommandations en vigueur, le dosage du magnésium sérique n’est préconisé que dans les cas de nettes perturbations cliniques ou biologiques. En particulier, il doit être prescrit dans tout contexte à haut risque de déplétion (et notamment en cas de crampes, troubles du comportement, convulsions, troubles du rythme...).
La mesure de la magnésémie est indispensable dans le bilan d’une hypocalcémie ou d’une hypokaliémie. Un dosage de magnésium sérique normal n’y exclut pas l’existence d’une déplétion en magnésium, en cause notamment chez le sujet dénutri (éthylique chronique par exemple). La mesure de la magnésurie permet alors de déterminer s’il existe une cause rénale (magnésurie > 2 mmol/24 h) ou extrarénale (magnésurie ≤ 1 mmol/24 h). Entre ces deux valeurs, il convient de contrôler le bilan après supplémentation en magnésium.

Comment traiter ?

Il n’est pas interdit d’apporter du magnésium en complément nutritionnel systématique lorsque l’on suspecte des restrictions alimentaires. Mais ce sont surtout les carences avérées qu’il s’agit de traiter. Il est important de débuter la supplémentation à faible dose et de l’augmenter progres­sivement pour éviter d’atteindre une posologie laxative.
Il existe de nombreuses présentations pharmaceutiques de magnésium. Certaines formes annoncent des dosages élevés en apparence mais ils correspondent à la dose du sel de magnésium et non à la quantité de magnésium-élément apporté. De plus, les sels de magnésium sont plus ou moins bien absorbés selon leur hydrosolubilité (50 % au mieux) : par exemple, l’oxyde de magnésium est absorbé à 4 % tandis que le pidolate de magnésium l’est à 48 %.
Jusqu’à récemment, le remboursement des spécialités à base de magnésium était accordé à titre dérogatoire dans certaines pathologies à haut risque de déplétion. Mais les autorités ont décidé de les dérembourser en raison d’un service médical rendu (SMR) qualifié d’insuffisant. Pour les patients à faibles revenus, il faut donc désormais avoir recours à une demande de prestation complémentaire, limitée à 150 euros par an.

Références

1. De Baaij JH, Hoenderop JG, Bindels RJ. Magnesium in man: implications for health and disease. Physiol Rev 2015;95(1):1-46.25540137.
2. Institute of Medicine (US) Standing Committee on the Scientific Evaluation of Dietary Reference Intakes. Dietary Reference Intakes for Calcium, Phosphorus, Magnesium, Vitamin D, and Fluoride. Washington (DC): National Academies Press (US); 1997. PMID: 23115811
3. Katopodis P. Disorders of magnesium metabolism. Drug Safety 2020;43:867-80.