Afin de limiter la baisse de ses profits liés à la désaffection croissante pour la cigarette, l’industrie du tabac adopte une nouvelle stratégie, celle de la réduction des risques. Jouant sur la confusion avec la cigarette électronique, elle promeut le tabac chauffé, véritable cheval de Troie pour maintenir la dépendance à la nicotine et recruter de nouveaux consommateurs, surtout chez les jeunes.
Les industriels du tabac (fabricants transnationaux, distributeurs et détaillants locaux) ont pour unique objectif de faire des profits en vendant de la nicotine.1 Ils connaissent de longue date le pouvoir addictif majeur de cette drogue, ce qui explique son succès en dépit de la modicité de ses effets hédoniques. Les ventes de nicotine sous forme de tabac fumé, qui ont fait leur fortune au cours du XXe siècle, reculent depuis quelques années du fait du rejet de plus en plus énergique de sa consommation par la population mondiale, qui est de mieux en mieux informée des conséquences sanitaires majeures liées à son usage, et rejette l’image glamour que cette industrie tente d’associer au tabac. Cette baisse des ventes se traduit à terme par une chute inévitable des revenus des fabricants et détaillants, d’autant plus qu’en même temps certains investisseurs puissants se désolidarisent de cette industrie mortifère et délinquante, ce qui conduit à une dégradation de la capitalisation boursière des quatre majors internationaux (Philip Morris Int. – PMI, British American Tobacco – BAT, Japan ­Tobacco Int., et Imperial Brands).
Pour échapper à cet avenir incertain, les industriels du tabac tentent de pérenniser leurs profits :
– en cherchant à redonner une image positive à la nicotine et au tabac, et par là à eux-mêmes ;
– en promouvant la vente de nouveaux produits présentés comme séduisants, modernes et moins ­dangereux ;
– en ciblant les enfants et les adolescents, tout en certifiant ne s’intéresser qu’aux adultes.
La promotion d’une réduction des risques par la commercialisation de nouveaux modes de consommation de nicotine (tabacs chauffés et cigarettes électroniques) leur permet de tendre à répondre à cet objectif exclusivement financier.2

Réduction des risques en addictologie

La conception usuelle de la réduction des risques liée à l’usage d’une drogue provient de l’observation de bénéfices sanitaires quantifiables chez l’usager qui poursuit sa consommation tout en cherchant à en minimiser les dommages, soit en modifiant son mode d’administration (héroïne : injection stérile, sniffage…), soit en réduisant la quantité consommée (alcool).
Ces observations ne reposent que sur l’observation d’usagers réguliers, alors qu’il est souhaitable d’évaluer une éventuelle réduction des risques dans au minimum quatre dimensions : le bénéfice individuel pour le consommateur dépendant ; le retentissement sur les proches par exposition passive ; l’incitation à l’initiation des jeunes à la consommation ; et les conséquences pour l’environnement.
En effet, si une stratégie de réduction des risques peut être bénéfique pour le consommateur régulier d’un produit psychoactif (par exemple passer de 8 à 4 verres standard d’alcool par jour), elle ne l’est pas forcément pour l’ensemble de la popu-lation (recommander la consom­mation quotidienne de 4 verres ­standard d’alcool par tous).
Dans le passé, dès que les premiers travaux scientifiques démontrant les conséquences sanitaires majeures liées à la consommation de tabac ont commencé à être connus du grand public, les industriels du tabac ont développé une stratégie de réduction des risques avec la promotion du filtre dans les années 1960, puis celle des cigarettes dites « légères » dans les années 1970. Ni l’une, ni l’autre de ces alternatives n’ont tenu les promesses faites par ces industriels ; au contraire, elles ont aggravé le problème sanitaire, mais en permettant à ceux-ci de retarder l’adoption de mesures efficaces et de maintenir voire développer leurs profits.

Argumentaire autour du recours à une possible réduction des risques liés à la consommation de tabac fumé 

Savoir si la pandémie actuelle de tabagisme justifie le recours à une politique de réduction des risques présuppose une réflexion préliminaire sur différentes questions incontournables.
– La consommation de tabac fumé présente-t-elle des risques ? Oui, ceux-ci sont formels et majeurs avec 75 000 morts prématurées par an en France. L’importance de ces conséquences sanitaires légitimise pleinement de lutter contre sa consommation.3
– La consommation de nicotine est-elle dangereuse en soi ? Sans doute, même s’il est difficile de préciser ­formellement à quel degré et à partir de quels niveau et mode de consommations. La nicotine consommée dans l’enfance et à l’adolescence entraîne une dépendance très forte et favoriserait la sensibilité des jeunes fumeurs à la consommation d’autres produits psychoactifs. Ses effets cardiovasculaires sont connus, bien que leurs conséquences en pathologie humaine méritent d’être quantifiées. Le risque fœtal est à éviter.
– L’arrêt de la consommation de tabac fumé réduit-il les risques pour le fumeur ? Oui, cela est formellement démontré. Par exemple, arrêter de fumer à 30 ans permet de vivre en moyenne de 10 à 15 ans de plus.4
– Peut-on arrêter de fumer du tabac ? Oui, mais cela est souvent difficile du fait du pouvoir addictif majeur de la nicotine. Toutefois, une prise en charge thérapeutique de qualité conduit à des taux d’arrêt complet à 6 mois de 30 à 40 %. Globalement, la majorité des fumeurs motivés ­arrivent à arrêter de fumer, le plus souvent après plusieurs tentatives.
– Les fumeurs de tabac souhaitent-ils arrêter ? Oui, toutes les enquêtes montrent qu’environ 2 fumeurs sur 3 souhaitent arrêter complétement et rapidement.
– Certains fumeurs ne souhaitent-ils pas arrêter de fumer ? Oui, à certaines périodes de leur existence, certains fumeurs ne souhaitent pas modifier leur consommation. Les motifs de ce choix sont de nature variée. Toutefois, parmi les fumeurs qui déclarent ne...

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