La Société de pathologie infectieuse de langue française a mis à jour ses guidelines sur les infections urinaires masculines aiguës communautaires de l’adulte. Place de l’ECBU, choix de l’antibiothérapie, quand orienter… L’essentiel pour les MG.

Les nouvelles recos de la SPILF sur la prise en charge des infections urinaires aiguës communautaires de l’homme sont parues le 18 juin 2026 dans Infectious Diseases Now. Elles ne concernent pas les patients immunodéprimés ou porteurs de sonde urinaire, ni les maladies nosocomiales ou récidivantes. Elles remplacent le précédent référentiel de 2018.

Quatre entités cliniques aigües sont désormais reconnues : la cystite (dont l’existence était controversée chez l’homme), la prostatite, la pyélonéphrite et l’épididymite / orchite.

ECBU : essentiel !

Les bandelettes urinaires n’ont plus de place. Chez l’homme, l’ECBU est désormais recommandé avant antibiothérapie pour toute suspicion d’infection urinaire, cystite comprise.

Seuils de significativité : leucocyturie ≥ 30 x 103/mL, et bactériurie monomicrobienne ≥ 103 UFC/mL pour les principaux uropathogènes. Cependant, ces seuils ne doivent pas remplacer la clinique : les manifestations d’infection urinaire priment. Attention : l’hématurie macroscopique et la rétention aiguë d’urine isolées ne sont pas des signes cliniques suffisants d’infection urinaire chez l’homme.

Une colonisation urinaire bactérienne sans symptômes n’appelle pas de traitement (mais est à surveiller en cas de signes généraux aspécifiques).

Bilan : systématique

Dès le 1er épisode d’infection urinaire (algorithme en figure), on recherche, à l’interrogatoire, une hématurie macroscopique ou des symptômes du bas appareil urinaire (SBAU). En cas de SBAU, on réalise un calendrier mictionnel. Le calcul du score IPSS (International Prostate Score Symptom) permet d’évaluer la sévérité des symptômes. Il faut réaliser systématiquement une échographie des voies urinaires, avec mesures du résidu postmictionnel.

À distance de l’épisode infectieux, un toucher rectal permet d’estimer le volume et la consistance de la prostate. Le dosage du PSA, non systématique, peut être proposé minimum 3 mois après, en raison de l’élévation du PSA post-prostatite aigüe.

Cystite aigüe

Le diagnostic repose sur l’apparition aiguë de signes cliniques locaux – brûlures urétrales permictionnelles, pollakiurie, urgenturie, dysurie, nycturie, douleur de l’hypogastre, possible hématurie macroscopique – en l’absence de fièvre, frissons ou sepsis. L’ECBU, positif, est le seul examen biologique préconisé.

Il est recommandé d’attendre l’antibiogramme pour débuter une thérapie ciblée, en cas de doute diagnostique ou si les symptômes sont bien tolérés. Sinon, il faut démarrer un traitement oral probabiliste, avec, dans l’ordre, fosfomycine-trométamol, ou nitrofurantoïne, ou pivmécillinam. Il dure 7 jours, sauf avec fosfomycine-trométamol (tableau 1).

Après analyse bactériologique, poursuivre l’antibiotique initial si l’uropathogène y est sensible. Sinon, selon l’antibiogramme, préférer amoxicilline, ou fosfomycine-trométamol, ou nitrofurantoïne, ou pivmécillinam, ou triméthoprime (tableau 2).

Prostatite aigüe

Elle se caractérise par les signes cliniques de la cystite, une fièvre ou des manifestations systémiques d’infection et un ECBU positif. Le toucher rectal est utile en cas de doute avec la cystite.

La mesure de la créatinine sérique est préconisée s’il y a un risque d’insuffisance rénale aigüe (insuffisance rénale chronique, antécédents urologiques, déshydratation, prise de diurétiques, IEC, AINS, aminosides). L’imagerie est pertinente en cas de mauvaise évolution clinique après 72 h d’antibiotique adapté (recherche d’abcès prostatique).

En ambulatoire et en l’absence de signes de gravité, on initie l’antibiothérapie avec ceftriaxone (IV, IM ou SC), ou ciprofloxacine per os , ou lévofloxacine per os (tableau 1). En fonction de l’antibiogramme, le relais oral est : sulfaméthoxazole-triméthoprime, puis ciprofloxacine ou lévofloxacine ou ofloxacine (tableau 2). Le traitement dure 14 jours.

En cas de situation particulière (antibiorésistance, pas de relai oral), voir le tableau 3.

Pyélonéphrite aigüe

Elle associe des douleurs lombaires spontanées ou à l’ébranlement, une fièvre ou des manifestations systémiques d’infection, et un ECBU positif. Les signes de cystite sont inconstants. La créatinine sérique peut être mesurée si risque d’IRA (cf. « prostatite aiguë »). Le scanner abdominal injecté est systématique dans les 48 - 72 h (recherche d’uropathie), et en urgence si présence de matériel endo-urétral ou IRA. En attendant le scanner, la suspicion d’une rétention d’urine appelle à réaliser en urgence un bladder scanner ou une échographie suspubienne.

L’antibiothérapie probabiliste est la même que pour la prostatite aiguë, mais s’étend sur 7 à 10 jours selon la molécule (tableau 1). Le relais oral diffère : dans l’ordre décroissant, on choisit amoxicilline, sulfaméthoxazole-triméthoprime, amoxicilline-acide clavulanique, puis ciprofloxacine ou lévofloxacine ou ofloxacine, et enfin céfixime (tableau 2).

Épididymite / orchite aigüe

Elle se caractérise par une tuméfaction, ou une douleur spontanée (ou à la palpation) de l’épididyme ou du testicule, d’apparition aiguë. Autres signes cliniques : fièvre, hydrocèle, érythème et œdème du scrotum, symptômes de cystite, écoulement urétral. Principal diagnostic différentiel  : torsion du cordon spermatique.

En plus de l’ECBU, rechercher chez les patients sexuellement actifChlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae par PCR sur le 1er jet d’urine. Considérer l’échographie scrotale devant un doute, une suspicion d’abcès, une fièvre persistante ou une aggravation des signes locaux après 72 h de prise d’une molécule adaptée.

La stratégie suit celle de la prostatite aiguë, à part concernant l’association fosfomycine-trométamol, non recommandée (tableaux 1, 2 et 3). Durée : 10 jours.

Quand adresser ?

Référer à l’urologue en cas de :

  • pyélonéphrite aiguë ;

  • rétention aiguë d’urine au diagnostic d’infection ;

  • hématurie macroscopique ;

  • score IPSS > 7 ; induration au toucher rectal ;

  • RPM > 100 mL et/ou anomalie(s) urologique(s) sur le bilan d’imagerie.


Adresser à l’hôpital si l’on observe :

  • sepsis ou choc septique (soins intensifs) ;

  • prostatite aiguë ou pyélonéphrite aigüe avec :

    • ≥ 3 des items suivants présents (40 % de risque de progression vers un sepsis) : âge > 65 ans ; T > 38 °C ; PAS ≤ 110 mmHg ; Fc > 110 bpm ; SpO2 ≤ 95 % ; troubles cognitifs récents ;

    • obstruction urinaire suspectée ou confirmée ;

    • prise orale impossible avec risque de non-observance et de déshydratation (troubles de la déglutition, nausées, vomissements, confusion, agitation, contexte social, isolement) ;

    • déclin fonctionnel ne permettant pas le maintien à domicile ;

    • décompensation de comorbidité(s) nécessitant une hospitalisation ;

    • douleur non contrôlée.


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