Le syndrome de l’intestin irritable (SII), trouble digestif chronique altérant la qualité de vie, est souvent traité par des médicaments dont la sécurité à long terme reste mal connue. Une étude américaine a ainsi cherché à évaluer l’association entre les traitements recommandés et la mortalité toutes causes confondues, en distinguant les sous-types SII à prédominance diarrhéique (SII-D) et SII avec constipation prédominante (SII-C).
Une étude rétrospective a été menée à partir de la base de données nationale de santé des États-Unis, du 1er janvier 2005 au 1er janvier 2023. Elle porte sur 669 083 adultes atteints de SII âgés de 18 à 65 ans, appariés par score de propension selon l’exposition aux traitements. Parmi les utilisateurs d’antidépresseurs, 78 % étaient des femmes (âge moyen de 38,13 ± 12,6 ans), contre 74 % chez les non-utilisateurs (âge moyen : 38,26± 12,9 ans). Les patients ont été répartis selon leur exposition aux antidépresseurs (ISRS, IRSNa, tricycliques, mirtazapine), aux antispasmodiques (dicyclomine, hyoscyamine) et/ou aux traitements spécifiques du sous-type de SII (lopéramide, diphénoxylate pour le SII-D ; PEG- 3350, sécrétagogues pour le SII-C). Le critère principal était la mortalité toutes causes confondues, analysée par modèles de Cox et émulation d’essai cible, avec un suivi de 6 mois à 15 ans.
Les résultats, parus dans Communications Medicine en avril 20261, révèlent une augmentation significative de la mortalité chez les utilisateurs d’antidépresseurs (risque relatif [RR] = 1,35 ; IC 95 % : 1,26 - 1,45 ; taux de mortalité : 1,6 % vs 1,0 %). Cette association persistait pour toutes les classes d’antidépresseurs (ISRS : RR = 1,32 ; tricycliques : RR = 1,27 ; IRSNa : RR = 1,32 ; mirtazapine : RR = 2,05 ; taux de mortalité : 5,29 % vs 2,27 %) et dans tous les sous-groupes démographiques (âge de 18 - 40 ans ou 40 - 65 ans, IMC < 25 ou ≥ 25, hommes, femmes, populations à peau blanche ou non). En revanche, les antispasmodiques ne montraient pas de surrisque (RR = 0,95 ; IC 95 % : 0,89 - 1,00).
Chez les patients atteints de SII-D, le lopéramide et le diphénoxylate étaient associés à une mortalité accrue par rapport aux non-utilisateurs (respectivement : 2,1 % vs 0,98 % ; 2,34 % vs 1,38 %), contrairement à la cholestyramine, l’éluxadoline ou la rifaximine.
De plus, la courbe de survie (Kaplan-Meier) a montré une nette divergence entre les utilisateurs d’antidépresseurs et ceux traités par antispasmodiques après 5 ans de suivi, ainsi qu’entre les utilisateurs d’agonistes des récepteurs µ-opioïdes versus antispasmodiques après 3 ans. Dans le SII-C, ni le PEG- 3350 ni les sécrétagogues ne majoraient le risque. En revanche, l’initiation d’un traitement par antidépresseurs restait associée à une surmortalité (RR = 1,56).
Cette étude souligne des différences majeures de sécurité entre les traitements du SII, avec un signal d’alerte pour les antidépresseurs et les agonistes des récepteurs µ-opioïdes (lopéramide, diphénoxylate). Il faut toutefois préciser que les limites de TriNetX, plateforme d’analyse de données de santé utilisée par les auteurs, n’ont pas permis de déterminer les causes spécifiques de décès chez les patients inclus.