Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est souvent traité par des médicaments dont la sécurité à long terme reste mal connue. Une étude américaine a ainsi cherché à évaluer l’association entre les traitements recommandés et la mortalité toutes causes confondues, en distinguant les sous-types SII à prédominance de diarrhée (SII-D) ou de constipation (SII-C).Cette analyse rétrospective a été menée à partir de la base de données nationale de santé des États-Unis, du 1er janvier 2005 au 1er janvier 2023. Elle porte sur 669 083 adultes atteints de SII âgés de 18 à 65 ans, appariés par score de propension selon l’exposition aux traitements. Les patients ont été répartis selon leur exposition aux antidépresseurs (ISRS, IRSNa, tricycliques, mirtazapine), aux antispasmodiques (dicyclomine, hyoscyamine) et/ou aux traitements spécifiques du sous-type de SII (agonistes des récepteurs μ-opioïdes [lopéramide, diphénoxylate] pour le SII-D ; PEG 3350, sécrétagogues pour le SII-C). Le critère principal était la mortalité toutes causes confondues, avec un suivi de six mois à quinze ans.Les résultats révèlent une augmentation significative de la mortalité chez les utilisateurs d’antidépresseurs (1,6 % vs 1 %). Cette association existe pour toutes les classes d’antidépresseurs. En revanche, les antispasmodiques ne montrent pas de surrisque.La courbe de survie souligne l’existence d’une nette divergence entre utilisateurs d’antidépresseurs et d’antispasmodiques après cinq ans de suivi.Pour les patients atteints de SII-D, lopéramide et diphénoxylate sont associés à une mortalité accrue par rapport aux non-utilisateurs (respectivement 2,1 % vs 0,98 % ; 2,34 % vs 1,38 %), contrairement à la cholestyramine, l’éluxadoline ou la rifaximine. Ici, la courbe de survie montre une divergence entre utilisateurs d’agonistes des récepteurs μ-opioïdes versus antispasmodiques après trois ans.Dans le SII-C, ni le PEG 3350 ni les sécrétagogues ne majorent le risque, mais l’initiation d’un traitement par antidépresseurs reste associée à une surmortalité.Cette étude souligne des différences majeures de sécurité entre les traitements du SII, avec un signal d’alerte pour les antidépresseurs et les agonistes des récepteurs μ-opioïdes (lopéramide, diphénoxylate). L’étude n’a toutefois pas permis de déterminer les causes spécifiques de décès chez les patients inclus.
Références
COMMUN MED 2026;6(1):176. Mehravar S, Yeo YH, Pimentel M, et al. Association of pharmacotherapy with all-cause mortality among patients with irritable bowel syndrome.PMID: 41951879