Un homme âgé de 81 ans est hospitalisé dans un coma profond. Il a été découvert inconscient dans sa chambre, après une journée durant laquelle il se plaignait d’asthénie et de nausées.
L’examen met en évidence une hypertonie diffuse et une mydriase aréactive. Le patient est apyrétique. L’interrogatoire de l’entourage ne rapporte aucun antécédent particulier, en dehors d’une habituelle consommation excessive d’alcool (probablement de l’alcool de riz).
Le bilan biologique ne met en évidence aucun syndrome infectieux ou inflammatoire  ; la glycémie est normale. 
En revanche, une acidose métabolique majeure est retrouvée  : HCO3  : 5 mmol/L (normales  : 22 - 28)  ; lactates  : 13,8 mmol/L (0,5 - 2,2)  ; pH  : 6,79 (7,35 - 7,45).
Le scanner cérébral ne montre aucune anomalie.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale met en évidence, en séquence de diffusion, des lésions de la substance blanche bifrontale et bioccipitale, avec un hypersignal touchant les nerfs optiques (fig. 1) et une atteinte symétrique du putamen, évocatrice d’une intoxication au méthanol (fig. 2). Le dosage sanguin confirme cette hypothèse, avec un taux à 75,44 mg/dL, imposant une dialyse rénale. Le patient décédera quelques jours plus tard dans un tableau de défaillance multiviscérale.

En novembre 2024, six touristes étrangers sont décédés au Laos par intoxication au méthanol. En février 2019, 156 Indiens travaillant dans des plantations de thé du nord du pays ont péri et 200 personnes ont été hospitalisées. Si l’intoxication est rapportée dans le monde entier, l’Asie est la première région en matière de fréquence.

La température d’ébullition du méthanol est de 65 °C, alors que celle de l’éthanol est de 78 °C. Ainsi, lors de la distillation du riz fermenté, il est impératif d’éliminer la «  tête de distillation  » contenant les produits toxiques.

En cas d’intoxication, après une période de latence de quelques heures, surviennent nausées, vomissements, céphalées, somnolence puis un coma. La survenue de troubles visuels de type vision floue ou photophobie est un signe d’alerte. 

Le bilan biologique met en évidence une acidose métabolique  ; le dosage sanguin du méthanol permet de confirmer le diagnostic.

L’IRM cérébrale est caractéristique, montrant une atteinte biputaminale, ainsi que des lésions de la substance blanche sous-corticale. Les nerfs optiques sont également touchés.1 

Dès la suspicion clinique, l’administration d’un antidote, le fomépizole, ou, à défaut, de l’éthanol par voie intraveineuse doit être réalisée. L’hémodialyse est nécessaire, sans délai en cas de troubles visuels, de pH inférieur à 7,25, de méthanolémie supérieure à 50 mg/dL ou en cas d’ingestion massive (supérieure à 30 mL).

Avec une prise en charge rapide (antidote et dialyse), quatre patients sur cinq survivent, mais jusqu’à un sur trois garde des séquelles visuelles ou neurologiques. 

Référence
1. Nekoukar Z, Zakariaei Z, Taghizadeh F, et al. Methanol poisoning as a new world challenge: A review. Ann Med Surg (Lond) 2021;66:102445.

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