Je m’appelle Alice Bergerac. Enfin, pour Bergerac, ça m’étonnerait tout de même beaucoup, puisqu’à aucun moment sérieux cela n’a été mon vrai patronyme à l’état civil. J’ai emprunté ce nom à un monsieur à grand nez qui vit dans les livres.

C’est ma première chronique pour La  Revue du Prat’, et il m’a été suggéré de la consacrer à me présenter.

Dont acte.

Avant de m’efforcer de faire l’adulte et bien avant de jouer à avoir un autre nom de famille, j’ai été un enfant en bas âge. À cette époque, je projetais, dans ma future vie de grande personne, d’exercer le métier de pizzaïolo, auquel s’ajouterait celui d’écrivain.

Exercer à temps partiel dans les deux -domaines me paraissait à la fois franchement pertinent et tout à fait jouable.

Après quoi, au lycée, il a fallu remplir un formulaire d’orientation professionnelle. Dans la liste des suggestions de formations post-bac, nulle trace d’une providentielle école de scriptopizza. Déception abyssale.

Sur ce formulaire, on attendait de nous que l’on coche une case existante. Pas contrariante, je cochai une case existante.

À l’heure actuelle, il se trouve que je ne parviens pas encore vraiment à expliquer la raison pour laquelle j’ai coché la case « médecine ».

Finalement, hasard ou non, j’ai aimé ce métier de médecin généraliste.

La confection de pizzas à usage professionnel ne m’a pas tant manqué que ça ; avec une levure sèche de qualité pour la pâte et l’ajout de mozzarella en toute fin de cuisson, il semblait possible de parvenir à un épanouissement personnel substantiel et suffisant.

Il faut croire que la seconde partie de mon projet professionnel initial ne s’est pas complètement évaporée, puisque j’ai entrepris il y a quelques années l’écriture de livres racontant le quotidien d’un médecin généraliste libéral.

Initialement, j’écrivais dans le but de décrire à mes amis Moldus ce qui se passait réellement dans une journée standardde médecine générale.

Parce que, les copains trentenaires qui pètent le feu et qui te soutiennent que l’essence de ta profession ce sont « des rhumes, du paracétamol, une petite tape sur l’épaule, et en avant Guingamp ! »… ça va bien cinq minutes, hein !

En vérité, je vous le dis : la méconnaissance des tenants et aboutissants de notre fonction par les gens en bonne santé est souvent magistrale. Des rhumes, qu’ils disent, les malheureux !

Allons, mes petits poulets, soyons raisonnables : la gestion de la polymorbidité, du vieillissement, des maladies chroniques, l’annonce de mauvaises nouvelles, les urgences, les divorces, les naissances, les deuils, les pétages de plomb, les bifurcations de vie, les soins palliatifs… sont-ce des rhumes ?

Car du nourrisson à la personne en fin de vie, toi-même tu sais : #MG représente.

Un jour, la très formidable Kristell Guével-Delarue m’a contactée pour savoir si je voulais bien continuer à faire le récit de la médecine générale dans cette rubrique. Oui, Kristell, je veux bien continuer à faire le récit de la médecine générale dans cette rubrique. Et ça me remplit à ras bord d’une joie compacte et sans fissures.

Je vous propose donc de livrer dans cette tribune des anecdotes de consultation, qu’elles aient été drôles, émouvantes, étonnantes ou difficiles.

Mais me direz-vous, Alice, mon bichon (vous pouvez m’appeler mon bichon), quel intérêt cela présente-t-il puisque, médecins généralistes tout pareil que toi, nous vivons strictement les mêmes consultations, à un département/âge/caractère/coupe de cheveux/profession des parents près ?

Je vous dirais que c’est une excellente question et que je vous remercie de me l’avoir posée.

Je vous dirais : peut-être que c’est pour se sentir moins isolé, pour se dire que nous ne sommes pas seuls à vivre ces journées denses, bizarres, émotionnellement chargées et difficilement transcriptibles.

Je vous dirais : peut-être qu’en fait vous avez raison, ce ne sera pas utile. Ceci dit, « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile » (Cyrano de Bergerac).