Qu’il s’agisse de manger seulement entre 8 h et 16 h- 18 h, entre 12 h et 20 h, ou de suivre une restriction calorique 2 jours entiers/semaine, les différentes approches de jeûne intermittent font parler d’elles. Souvent mises en avant sur les réseaux sociaux ou dans les médias, ces méthodes sont présentées comme une manière efficace pour perdre du poids. Mais qu’en est-il vraiment ?
De premières revues réalisées sur ce sujet se sont révélées plutôt négatives, évoquant même un potentiel surrisque cardiovasculaire . En se restreignant à l’obésité, un essai clinique publié en 2022 dans le NEJM n’avait pas non plus trouvé de supériorité du régime intermittent par rapport à une simple restriction calorique dans la perte de poids.
Une synthèse d’essais randomisés contrôlés
Pour faire le point sur les bénéfices et les risques associés au jeûne intermittent dans le surpoids et l’obésité, une équipe internationale de chercheurs a réalisé une revue systématique avec méta-analyse. Ils ont recherché les travaux référencés au 5 novembre 2024 dans les bases de données bibliographiques Central et Medline.
Les études incluses devaient être des essais randomisés contrôlés comparant le jeûne intermittent (quelle que soit la technique employée) à un contrôle (conseils diététiques standards, ou absence d’intervention), chez des adultes ayant un surpoids ou une obésité. L’intervention devait durer au moins 4 semaines, et le suivi au moins 6 mois.
Les critères de jugement étaient la perte de poids, la qualité de vie, la satisfaction des participants, le diabète et les événements indésirables. Les critères de jugement étaient considérés à court terme s’ils étaient mesurés jusqu’à 12 mois après randomisation, à long terme au-delà.
Peu ou pas d’effet par rapport au contrôle
Les résultats sont parus le 16 février 2026 dans Cochrane Database of Systematic Reviews . En tout, 22 études comprenant 1 995 participants ont été incluses dans l’analyse. Toutes ont été menées en ambulatoire, et publiées entre 2016 et 2024. Elles ont été conduites dans peu de régions du monde : Amérique du Nord, Australie, Chine, Danemark, Allemagne, Norvège, Brésil. Les études incluses n’ont rapporté ni la satisfaction des participants, ni le diabète.
Comparativement aux conseils diététiques standards, le jeûne intermittent semble n’induire que peu ou pas de différence en perte de poids moyenne (évaluation basée sur 21 études et 1 430 participants ; niveau de confiance faible).
Toujours par rapport aux conseils diététiques standards, le jeûne intermittent semble n’avoir que peu ou pas d’effet sur la probabilité à atteindre 5 % de diminution du poids corporel (risk ratio [RR] = 0,98 ; IC95 % = [0,82 - 1,18] ; évaluation basée sur 4 études et 472 participants ; niveau de confiance très faible), sur la qualité de vie (niveau de confiance faible), mais aussi sur la survenue d’événements indésirables (RR = 1,45 [0,64 - 3,28] ; évaluation basée sur 7 études et 619 participants ; niveau de confiance très faible).
En comparaison de l’absence d’intervention, les résultats du jeûne intermittent n’apparaissent pas davantage reluisants :peu ou pas de différence en perte de poids moyenne (évaluation basée sur 6 études et 427 participants ; niveau de confiance modéré), sur la qualité de vie (niveau de confiance très faible) et sur la survenue d’événements indésirables (RR = 1,84 [0,88 - 3,85] ; évaluation basée sur 2 études et 189 participants ; niveau de confiance très faible).
Les études incluses portaient sur les effets à court terme de l’intervention (jusqu’à 12 mois), ce qui limite la pertinence de la revue pour éclairer la prise de décision sur des durées plus longues. Selon les auteurs, les études futures pourraient prolonger les périodes de suivi au‐delà de 12 mois et s’intéresser à d’autres critères de jugement du jeûne intermittent comme la satisfaction des participants.
Un résultat loin de l’enthousiasme observé
Interrogé par la Cochrane, le premier Xauteur Luis Garignani, de l’Universidad hospital italiano de Buenos Aires (Argentine) synthétise ainsi les résultats de cette étude : « Le jeûne intermittent ne semble tout simplement pas fonctionner pour les adultes en surpoids ou obèses qui essaient de perdre du poids. Cela peut être une option raisonnable pour certaines personnes, mais les preuves actuelles ne justifient pas l’enthousiasme que l’on observe sur les réseaux sociaux. »
De fait, le jeûne intermittent n’est pas rejeté en bloc par la communauté médicale : encore récemment, des chercheurs français se sont penchés sur son intérêt potentiel chez les patients prédiabétiques pour limiter les risques cardiométaboliques. D’autres le conseillent aux patients ayant tendance à grignoter le soir, après le dîner.
Mais la prudence reste de mise : avant de recommander cette pratique, il est essentiel d’évaluer au cas par cas les antécédents médicaux et les besoins individuels. Par ailleurs, ce régime est déconseillé aux mineurs, aux femmes enceintes ou allaitantes, aux personnes âgées ou malnutries et en cas de cancer. Enfin, si le jeûne intermittent implique de « sauter » le petit-déjeuner (pratiqué entre 20 h et 12 h par exemple), certaines données suggèrent qu’il pourrait être associé à une augmentation du risque cardiovasculaire.
Garegnani LI, Oltra G, Ivaldi D, et al (traduction par Cochrane France). Jeûne intermittent, conseils diététiques classiques ou absence de traitement : quelle mesure fonctionne le mieux pour aider les adultes en surpoids ou obèses à perdre du poids ? Cochrane 16 février 2026.
Parkinson M. Evidence behind intermittent fasting for weight loss fails to match hype. Cochrane 16 février 2026.
Pour en savoir plus :
Mallordy F. Obésité : faut-il conseiller le jeûne intermittent ? Rev Prat (en ligne) 18 mai 2022.
Martin Agudelo L. Jeûner a-t-il un intérêt « thérapeutique » ? Rev Prat (en ligne) 31 juillet 2023.
Martin Agudelo L. Jeûne intermittent : pas bon pour le cœur à long terme ! Rev Prat (en ligne) 2 avril 2024.
Martin Agudelo L. Dîner et petit-déjeuner tôt réduirait jusqu’à 30 % le risque CV. Rev Prat (en ligne) 14 décembre 2023.