Les consultations aux urgences pour un motif pédopsychiatrique sont en nette augmentation en France depuis le début des années 2000. La pandémie de Covid- 19 a aggravé la situation, avec une augmentation de 30  % des passages aux urgences pour tentative de suicide chez les 11 à 17 ans. Ces jeunes qui consultent en situation de crise sont bien souvent dans un état de souffrance psychique évoluant depuis des mois, voire des années, sans qu’une prise en charge spécifique n’ait pu débuter, faute de sollicitation ou souvent faute de réponse adaptée.

Ce sont alors les services de pédiatrie, dotés d’unités d’urgence, qui accueillent ces jeunes au moment où la crise psychique est insoutenable, souvent après un passage à l’acte suicidaire. La permanence médicale y est assurée par des médecins somaticiens  : pédiatres mais également médecins généralistes ou urgentistes. Ceux-ci assurent l’évaluation somatique permettant de prendre en charge les conséquences d’actes auto-agressifs  : intoxications, scarifications, plaies… Cette évaluation permet également d’écarter une cause somatique à certains symptômes psychiatriques (encéphalite, lupus…). Le médecin se trouve bien souvent démuni pour la suite de la prise en soins, étant donné la pénurie de pédopsychiatres et de lits de pédopsychiatrie. Un rapport parlementaire de 2025 rapporte que le système de soins psychiatriques a connu une perte de 7 000 places d’hospitalisation temps plein entre 2008 et 2022. Le nombre de pédopsychiatres a, lui, chuté de 34  % entre 2010 et 2022.1 

Il existe, du fait de cette pénurie, une forte hétérogénéité sur le territoire dans la façon dont les urgences pédopsychiatriques sont assurées  : certains services de pédiatrie ont la chance de pouvoir s’appuyer sur des équipes de liaison de pédopsychiatres, qui peuvent évaluer ces patients après l’accueil pédiatrique au sein même des urgences, mais, le plus souvent, c’est au médecin somaticien que revient l’évaluation globale du patient, d’où découle l’organisation du parcours de soins.

Le médecin de premier recours se doit donc d’être en capacité d’évaluer, puis d’orienter vers un service d’hospitalisation pédiatrique, pédopsychiatrique ou vers des soins ambulatoires  : centre médico-psychologique, psychologues ou psychiatres libéraux. Du fait de la pénurie de structures de soins adaptées à ces patients, il est particulièrement important que cette évaluation soit suffisamment précise pour repérer les patients les plus à risque de récidive, qui nécessitent une prise en charge hospitalière.

Le médecin de première ligne aux urgences pédiatriques se doit donc de connaître la clinique de la crise suicidaire.2,3 Il doit pouvoir rechercher des facteurs de risque  : antécédents de tentatives de suicide, automutilations, antécédents familiaux de suicide ou de trouble psychiatrique, usage de substances psychoactives… Il doit également connaître certains facteurs de protection pouvant atténuer la vulnérabilité suicidaire et permettre des soins ambulatoires (cohésion familiale, soutien social, recherche d’aide…).

Il convient de repenser la formation des pédiatres, médecins généralistes et urgentistes qui exercent dans ces structures, pour leur donner les moyens d’évaluer et d’orienter ces patients et ne pas laisser sans soin les plus à risque.

Références 
1. Dubré-Chirat N, Rousseau S. Rapport d’information déposé en application de l’article 145 du règlement, par la Commission des affaires sociales, en conclusion des travaux d’une mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques. N°714. 11 décembre 2024. 
2. Liwel LH, Lee J, Rahmandar MH, et al. Suicide and suicide risk in adolescents. Committee on adolescence; council on injury, violence, and poison prevention. Pediatrics 2024 ;153(1):e2023064800.
3. Frintner MP, Harries MD, Hoffmann JA, et al. Experiences of pediatricians caring for children and adolescents with mental health needs in the emergency department, 2022.  Pediatr Emerg Care 2025 ;41(12):e227-e232.