Une étude a évalué l’intérêt de traiter un an par abatacept, versus placebo, des patients à risque de développer une polyarthrite rhumatoïde (PR).Un premier essai de phase IIb, randomisé, en double aveugle (Apippra), avait déjà été mené en 2024 dans 31 centres au Royaume-Uni et aux Pays-Bas sur 213 patients ayant une arthralgie inflammatoire sans synovite clinique, une ACPA («  anti-citrullinated protein antibody  ») et/ou un facteur rhumatoïde à haut titre. Cent dix patients ont été randomisés pour recevoir 52 injections hebdomadaires de 125 mg d’abatacept – un inhibiteur de la costimulation des lymphocytes T, aujourd’hui prescrit dans le traitement de la PR active modérée à sévère – et 103 patients pour recevoir un placebo.Les résultats, parus dans le Lancet en février 2024, étaient prometteurs, mais le suivi n’avait duré que 52 semaines. L’étude Apippra long-term outcome (ALTO) a donc prolongé ce suivi quatre à huit ans avec 143 des participants initiaux (78 % de femmes ; âge moyen = 48,2 ans). Parmi eux, 71 étaient sous abatacept et 72 sous placebo.Le critère principal d’évaluation était le temps écoulé jusqu’à la survenue d’un des trois événements suivants : synovite clinique dans au moins trois articulations ; PR selon les critères ACR-EULAR 2010 ; initiation d’un traitement de fond (DMARD). Les analyses ont été stratifiées selon les profils d’auto-anticorps (titres élevés d’ACPA, présence de cinq auto-anticorps distincts), et des évaluations cliniques (score DAS 28 mesurant l’activité de la PR, questionnaire EQ- 5D sur la qualité de vie, radiographies, etc.) ont été réalisées. Les résultats, parus dans le Lancet Rheumatology en mars 2026, démontrent un retard significatif de progression vers la PR après un suivi médian de 55 mois post-randomisation. Après quatre ans de suivi, la durée moyenne sans arthrite était de 34 mois dans le groupe abatacept versus 29,1 mois dans le groupe placebo, soit un gain de 4,9 mois. À six ans post-randomisation, 73 % des patients sous abatacept vs 70 % sous placebo avaient développé une PR, avec une apparition retardée (mais non empêchée) de l’arthrite détectable dans le groupe abatacept jusqu’à quatre ans post-randomisation. L’effet était plus marqué chez les patients à haut risque, avec des taux de survie sans arthrite à deux ans de 73 % vs 51 % (placebo), et de 41 % vs 33 % à quatre ans. Cependant, les évaluations cliniques (douleur, DAS 28, qualité de vie) n’ont montré aucune différence signifcative entre les groupes après l’arrêt du traitement. L’étude démontre que douze mois de traitement par abatacept chez des individus à haut risque de PR retardent significativement la progression vers la maladie (jusqu’à quatre ans), surtout chez ceux présentant les cinq auto-anticorps.Cependant, cet effet est transitoire : le traitement ne prévient pas la PR à long terme, et son bénéfice sur les symptômes (douleur, qualité de vie) disparaît après l’arrêt.

Références
Lancet Rheumatol 2026;8(3):e171-80. Cope AP, Jasenecova M, Vasconcelos JC, et al. Long-term outcomes of abatacept in individuals at risk of developing rheumatoid arthritis (ALTO): A randomised, double-blind, placebo-controlled trial. PMID: 41576971