Et si notre propension à nous lier d’amitié avec quelqu’un relevait de notre conformation cérébrale ? Une étude longitudinale inédite explore le rôle des similarités cérébrales dans l’émergence des liens sociaux, offrant un éclairage nouveau sur les mécanismes sous-jacents à la connexion sociale.

N.B. : Un rapport de la Commission de l’OMS1 sur la connexion sociale, publié en juin 2025, positionne désormais la connexion sociale comme un « troisième pilier de la santé », aux côtés de la santé mentale et physique.

Si de nombreux facteurs influencent la formation des amitiés, tels que la proximité géographique ou les similitudes interpersonnelles, les mécanismes cérébraux impliqués restent mal compris. Une étude américaine2 a ainsi cherché à déterminer si les similarités des réponses neurales à des stimuli  naturalistes (ressemblant à l’expérience du quotidien), mesurées par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) avant toute interaction sociale, pouvaient prédire la proximité future dans un réseau social donné, ainsi que les évolutions de cette proximité sur une période de 6 mois.

L’étude portait sur 41 participants (âge moyen : 28,6 ans ± 2,15 ans), dont 34,15 % (N = 14) de femmes, issus d’une cohorte de 288 étudiants en première année de MBA dans une université américaine privée. Les participants ont reçu une IRMf dès leur arrivée sur le campus, pour leur première rentrée, afin de limiter les opportunités d’interaction sociale préalable. Pendant l’IRMf, ils ont visionné 14 courts extraits vidéo, couvrant des styles et sujets variés, sélectionnés pour être engageants et susciter des différences interindividuelles significatives dans les réponses neurales. Le réseau social des participants a été caractérisé à 2 mois (T2) et 8 mois (T3) après le début du programme, via un questionnaire en ligne évaluant les liens d’amitié réciproques. Pour chaque paire de participants, la similarité neurale a été dans 214 régions cérébrales. Les distances sociales ont été définies comme le nombre minimal de liens d’amitié réciproques nécessaires pour relier deux individus.

Les résultats, parus dans Nature Human Behaviour en août 20251, révèlent que les participants ayant développé une amitié au bout de 8 mois avaient une similarité neurale préexistante significativement plus élevée dans le cortex orbitofrontal gauche que ceux séparés par trois degrés de distance sociale. De même, les paires dont la distance sociale a diminué entre T2 et T3 montraient une similarité plus marquée que celles dont la distance a augmenté, dans 40 régions cérébrales, dont le thalamus bilatéral, l’amygdale gauche, le cortex visuel, le cortex pariétal supérieur et le cortex préfrontal latéral. Les similarités sociodémographiques expliquaient partiellement la différence dans le cortex orbitofrontal mais pas les autres associations.

Ces résultats suggèrent que des similarités neurales, reflétant des compatibilités interpersonnelles profondes, pourraient être des précurseurs de la formation de liens sociaux. Ils soutiennent l’hypothèse selon laquelle les individus partageant des schémas de traitement cérébral similaires seraient plus susceptibles de développer des liens sociaux étroits. L’étude s’appuie cependant sur un petit échantillon de participants, dans un contexte spécifique (plus favorisés que la population générale), pouvant introduire des biais.

Références
1. World Health Organization. From loneliness to social connection: Charting a path to healthier societies. 30 juin 2025.
2. Shen YL, Hyon R, Wheatley T, et al. Neural similarity predicts whether strangers become friends. Nat Hum Behav 2025;9(11):2285-98.