Le sultiame, utilisé actuellement pour traiter l’épilepsie chez l’enfant, a montré une efficacité sur les symptômes des apnées obstructives du sommeil chez l’adulte.Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est une cause fréquente de troubles du sommeil, de somnolence diurne et d’hypoxémie, et est associé à une morbidité cardiovasculaire et métabolique accrue. Le traitement standard est la ventilation par pression positive continue (PPC), mais aucun traitement pharmacologique n’est actuellement autorisé.Le sultiame, un inhibiteur de l’anhydrase carbonique, utilisé jusque-là pour traiter l’épilepsie infantile, a pour effet de stimuler les muscles des voies respiratoires et de modérer la boucle de contrôle respiratoire, réduisant de ce fait la sévérité du SAOS.Une étude conduite entre décembre 2021 et avril 2023 a cherché à évaluer l’efficacité et la sécurité du sultiame chez des adultes atteints de SAOS modéré à sévère.Un essai clinique de phase II, multicentrique, randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, a été mené dans 28 centres du sommeil de cinq pays européens, dont la France. L’étude a porté sur 298 participants souffrant de SAOS modéré à sévère, non traités, âgés de 18 à 75 ans (âge moyen : 56,1 ± 10,5 ans ; 26 % de femmes ; IMC moyen : 29,1 ± 3,3 kg/m2). Les participants ont été répartis de manière aléatoire dans quatre groupes de même taille suivis pendant quinze semaines dont trois semaines de titrage selon le dosage de sultiame administré par jour : 100 mg, 200 mg, 300 mg et groupe placebo.Le critère de jugement principal était le changement relatif de l’indice d’apnées-hypopnées AHI3a — une mesure de la fréquence des pauses respiratoires pendant le sommeil — par rapport à l’inclusion, à la quinzième semaine. Une polysomnographie a été réalisée pendant deux nuits consécutives à l’inclusion, puis à la quatrième et à la quinzième semaine ; 81 % des participants ont terminé le traitement.Les interruptions augmentaient avec la dose du médicament et étaient majoritairement liées aux effets indésirables.Les résultats de l’étude, parus dans le Lancet en octobre 2025, ont démontré que les patients traités par sultiame, quel que soit le dosage, avaient significativement moins de pauses respiratoires par rapport au placebo. À la 15e semaine, l’AHI3a avait diminué de 16,5 % chez les patients du groupe 1 (dose la plus faible de sultiame) et dans les groupes 2 et 3 de, respectivement, 30,2 % et 34,6 %. Près de la moitié des patients des groupes 2 et 3 (45 % et 49 %, respectivement) présentaient une diminution supérieure ou égale à 50 % de l’AHI3a ou moins de 15 événements par heure. Par ailleurs, le sultiame a permis d’augmenter les niveaux moyens d’oxygène dans le sang chez les patients traités et de réduire significativement la sensation de somnolence au cours de la journée. Le sultiame était globalement bien toléré. Le dosage à 200 mg/j a montré la meilleure balance efficacité/tolérance.Cette étude devra être complétée par un essai de phase III sur une cohorte de patients plus large afin de vérifier les effets respiratoires bénéfiques du sultiame et de mieux identifier ses éventuels effets indésirables.
Référence
Lancet 2025;406(10514):1983-92. Randerath W, Grote L, Stenlöf K, et al. Sultiame once per day in obstructive sleep apnoea (FLOW): A multicentre, randomised, double-blind, placebo-controlled, dose-finding, phase 2 trial.PMID: 41077049