En France, le dénombrement des suicides a débuté au cours du XIXe siècle avec les statistiques du ministère de la Justice, puis s’est poursuivi au XXe siècle en prenant appui sur les certificats médicaux de décès.1 Il convient de noter que la statistique judiciaire était tout au long du XIXe siècle et les premières années du XXe siècle la seule source pour connaître le nombre de décès par suicide. La statistique des causes de décès liée aux actes d’état civil a émergé ensuite, avec l’implication obligatoire des médecins dans la constatation des décès et l’établissement de la cause en 1937. La base de données CépiDc, gérée depuis 1968 par un service de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), code les informations portées par les médecins sur les certificats de décès selon la Classification internationale des maladies, actuellement dans sa 10e révision (CIM-10), notamment sur ce qu’ils ont inscrit dans la rubrique « causes du décès » du formulaire. Il est à noter que les statistiques des causes de décès des départements d’outre-mer ne sont disponibles qu’à compter de 2000.
Si la mortalité par suicide constitue l’indicateur clé, d’autres approches et indicateurs sont utilisés pour une évaluation globale du phénomène suicidaire, comme l’utilisation de données de registres ou plus récemment des données médico-administratives (notamment le programme de médicalisation des systèmes d’information [PMSI]) pour le suivi des tentatives de suicide non létales hospitalisées, et les enquêtes de type Baromètre santé pour les idées et actes suicidaires en population générale. Ces informations sont indispensables pour alimenter la réflexion et le suivi des actions visant à la prévention des comportements suicidaires comme c’est le cas depuis 1998 avec divers plans nationaux.2

Mortalité par suicide en France

En 2015, année la plus récente disponible, 9 109 décès par suicide survenus en France ont été enregistrés dans la base de données des causes médicales de décès, dont 8 948 pour la France métropolitaine et 161 pour les régions ultramarines.3 Rapporté à la population, cela correspond à un taux annuel global de suicides de 13,7 pour 100 000 habitants. Depuis 1986, année durant laquelle un taux de 22,5 suicides pour 100 000 habitants était noté, ce taux décroît régulièrement (fig. 1). Cette baisse est particulièrement importante chez le sujet âgé mais est retrouvée pour toutes les tranches d’âge. Il n’a pas été apporté d’explication claire sur cette décroissance ni d’ailleurs sur l’accroissement observé précédemment entre 1976 (15,8 pour 100 000 habitants) et 1986, ou la précédente décroissance dans les années 1950-1960.4 Toutefois, malgré cette baisse récente, le taux global de suicides en France reste supérieur au taux moyen de l’Union européenne (valeur médiane de 12) soulignant l’importance de poursuivre le développement d’actions de prévention.

Sous-estimation de la mortalité par suicide

Les statistiques sur le suicide sont notoirement imprécises, avec une sous-estimation variable mais significative estimée à 10 %. Dans de nombreux cas, le suicide peut ne pas avoir été reconnu par le médecin ou les services judiciaires, ce qui conduit à une mauvaise classification du décès en « mort accidentelle » ou « d’intention non déterminée ». Par ailleurs, la cause de décès peut être manquante. Sur les 60 dernières années toutefois, le nombre de décès de cause inconnue ou non précisée dans la base de données, par référence aux décès enregistrés par les services d’état civil, a diminué (passant de 7,1 à 2,8 %).
Rappelons que, comme pour toute mort n’apparaissant pas naturelle au médecin constatant le décès, a fortiori les décès de cause violente manifeste, celui-ci doit obligatoirement s’opposer à ce qu’il soit procédé aux opérations d’inhumation (case à cocher « obstacle médico-légal » du formulaire de certificat de décès, recommandation de l’Ordre national des médecins5). Une enquête par un officier de police judiciaire est alors diligentée par le parquet. Dans la pratique, il a été constaté que le certificat de décès établi pouvait être conservé...

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Une discipline exigeante nécessite une information exigeante

ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 1€ PAR JOUR