Dans la majorité des cas, ils sont dus à un conditionnement anormal à l’endormissement (en présence des parents) ou à des causes environnementales (exposition aux écrans par exemple). Jusqu’à 80 % des insomnies régressent par l’application de bonnes habitudes de veille et de sommeil et des approches comportementales. Que conseiller aux parents ? Quand adresser au spécialiste ?

 

Les troubles du sommeil, très fréquents en population pédiatrique (entre 35 et 46 % selon l’âge), peuvent avoir des répercussions diurnes potentiellement sévères, et conduire à une désorganisation de la vie familiale.

 

Insomnie, le plus fréquent

Chez l’enfant, l’insomnie se définit comme un trouble persistant caractérisé par un refus d’aller se coucher, une difficulté à s’endormir (> 30 min), ou encore des réveils nocturnes qui nécessitent une intervention (aller dans la chambre, donner la tétine, prendre l’enfant dans les bras...). Il retentit sur la journée : troubles attentionnels et du comportement, somnolence diurne. L’impact sur l’équilibre et le fonctionnement familial ne doit pas être négligé. Il est donc important d’intervenir tôt pour éviter la chronicisation (plus de 3 mois d’évolution).

Sa prévalence se situe entre 25 et 50 % chez les enfants de moins de 5 ans, entre 16 à 27 % chez ceux de 6 à 12 ans et de 17 à 39 % chez les adolescents de 12-18 ans.

Dans la majorité des cas, elle est d’origine comportementale, expliquant 75 % des insomnies du jeune enfant. Les parents décrivent une résistance au coucher, des troubles de l’endormissement, voire des éveils nocturnes. Elle est souvent due à un conditionnement anormal à l’endormissement avec présence parentale (bercement, biberon, télévision, voiture, couchage dans le lit des parents…) et/ou à un manque de limites adéquates.

Les enfants sont incapables de se calmer, se tranquilliser seuls, pour s’endormir le soir et de ce fait réclament la présence des parents et les mêmes conditions lors des réveils nocturnes (fréquents, de façon physiologique, chez le petit enfant de moins de 5 ans). Restaurer les capacités d’auto-apaisement, mises en place progressivement dès les premiers mois de vie chez l’enfant, est essentiel. Il est déconseillé aux parents d’intervenir (bercement, paroles…) lors des réveils nocturnes car cela crée un conditionnement rendant par la suite leur présence indispensable à l’endormissement.

 

L’insomnie des enfants d’âge scolaire et des adolescents est plus souvent liée à des causes environnementales : usage inadapté des écrans (jeux vidéo, smartphone, tablettes, télévision…), consommation de substances psychoactives (sodas stimulants, tabac, café...).

Les causes psychologiques, voire pédopsychiatriques (difficultés relationnelles avec l’entourage familial, carences éducatives, mais aussi début de véritables troubles anxieux), peuvent être responsables d’une insomnie à chaque âge. Par ailleurs, une dépression ou une anxiété parentale excessive peuvent aggraver l’angoisse de séparation chez l’enfant. De nombreuses pathologies du neurodéveloppement (troubles du spectre de l’autisme, du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) s’accompagnent fréquemment d’insomnie. Elles relèvent d’une consultation spécialisée. 

Les causes organiques sont à explorer de façon systématique en cas d’échec des mesures comportementales et d’une hygiène adaptée :

– otites, apnées du sommeil (dues à une hypertrophie des amygdales et/ou des végétations) ;

– asthme et rhinite allergique ;

– reflux gastro-œsophagien, allergie aux protéines de lait de vache ;

– épilepsie, déficits neurosensoriels, syndrome des jambes sans repos.

La prise de traitements psychostimulants (méthylphénidate, corticoïdes…) est à questionner.

 

 

 

Parasomnies 

Ce sont des événements nocturnes généralement bénins, survenant tout au long de l’enfance, surtout entre 3 ans et l’âge de la puberté. 

Le somnambulisme, qui concerne 15 à 40 % des enfants entre 7 et 12 ans, est marqué par une composante motrice : déambulation yeux ouverts, gestes automatiques, parfois plus complexes (ouverture de porte, habillement…). L’hérédité est fortement impliquée.

Les terreurs nocturnes (12 à 15 % des 3-10 ans) sont parfois spectaculaires : cris, sueurs, érythrose, tachycardie, difficultés respiratoires. L’enfant ne garde pas mémoire de l’épisode, ce qui les différencient des simples cauchemars. Alors que les terreurs nocturnes surviennent lors du sommeil lent profond en première partie de nuit, ces derniers surviennent quasi exclusivement lors du sommeil paradoxal, en dernière partie de nuit.

Les éveils confusionnels se manifestent par une désorientation, une lenteur idéatoire et des difficultés à s’exprimer. En fin de sieste ou de nuit, précédant le réveil, ils correspondent à « l’ivresse du sommeil » (difficulté à s’éveiller complètement).

Ces parasomnies sont essentiellement liées au jeune âge et à l’absence de transitions nettes entre les différents stades de vigilance.

Le principal diagnostic différentiel est l’épilepsie frontale nocturne : crises multiples, se déclarant exclusivement la nuit, caractérisées par un éveil brutal, une expression de frayeur et des vocalisations associés à des symptômes moteurs (mouvements dystoniques et/ou dyskinétiques stéréotypés du tronc, des membres ou du chef).

 

 

 

Comment évaluer ?

Le questionnaire SDSC (Sleep Disturbance Scale for Children) est un outil d’orientation, court et facile à utiliser, à remplir par les parents.

L’exploration est complétée par un agenda du sommeil rempli quotidiennement par les parents sur une période d’au moins 2 semaines. Cet outil très visuel pour le praticien rend immédiatement compte du rythme entre la veille et le sommeil. Il témoigne également de l’organisation du sommeil jour/nuit, de sa régularité, de la latence d’endormissement, du nombre et de la durée des éveils nocturnes. 

 

 

 

Quand adresser en consultation spécialisée ?

Une orientation en milieu spécialisé est nécessaire en cas de syndrome d’apnées du sommeil, hypersomnolence d’origine centrale, mouvements anormaux liés au sommeil, certaines parasomnies (plurihebdomadaires ou plusieurs épisodes dans une même nuit ; somnambulisme > 10 min ; répercussions diurnes ; persistance au-delà de la puberté) ou en cas d’insomnie résistant à une première approche thérapeutique.

Les centres du sommeil agréés par la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS) sont présents sur l’ensemble du territoire.

 

 

 

Quelle prise en charge ?

La psychoéducation est la première mesure à initier. Les approches visant la restauration de bonnes habitudes veille/sommeil et comportementales sont proposées au cas par cas, tenant compte de la situation familiale, de ses valeurs éducatives et des aspects culturels (v. figure).

Figure. Recommandations de bonnes habitudes de veille et de sommeil.

Aucun médicament n’est validé. Dans certaines situations bien spécifiques (enfants atteints de trouble du spectre de l’autisme, trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), les pharmacothérapies (par ex. mélatonine) ont un rapport bénéfices-risques avantageux, mais elles ne sont jamais recommandées en première intention.

 

 

 

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

D’après : Saadi S, Schröder CM. Troubles du sommeil de l’enfant et de l’adolescent. Rev Prat Med Gen 2020;34:823-7.

Figures et tableaux