Pour la première fois, une étude internationale menée au Pérou établit un lien mécanistique entre exposition environnementale aux mélanges de pesticides et risque de cancer à l’échelle d’un pays, en combinant modélisation spatiale, épidémiologie avancée et biologie moléculaire.Les chercheurs ont développé un modèle environnemental reposant sur les mécanismes physiques et chimiques intégrant 31 principes actifs de pesticides (aucun n’étant classé comme cancérogène avéré pour l’humain), combiné à des données hydrométéorologiques, pédologiques et topographiques couvrant 95,7 % du territoire péruvien.Le risque d’exposition a été modélisé sur six ans (2014 - 2019), puis validé par biomonitoring capillaire chez 50 individus résidant dans des zones à risque variable. Les données sur les cancers (158 072 cas primaires ; 2007 - 2020) issues du registre national péruvien ont été traitées selon une classification innovante fondée sur la lignée développementale des tumeurs plutôt que par organe. Cette approche permet d’identifier des vulnérabilités partagées entre tumeurs issues de tissus d’origine embryologique commune. Une analyse a ensuite associé le risque d’exposition aux pesticides à l’incidence de cancer, tout en ajustant sur des covariables telles que la déforestation. Pour valider les mécanismes moléculaires, une analyse transcriptomique a été menée sur 36 échantillons de carcinomes hépatocellulaires (CHC) et de foies non tumoraux appariés prélevés chez des patients non cirrhotiques vivant dans des régions où l’exposition aux pesticides est particulièrement élevée.Le modèle environnemental révèle que plus d’un tiers du territoire péruvien présente un risque modéré à élevé d’exposition aux pesticides, avec des zones critiques dans les hautes terres andines et les pentes occidentales.L’analyse épidémiologique a identifié 436 « hotspots » associés aux pesticides, avec des risques relatifs (RR) de cancer allant de 1,14 à 9,38. Les cancers des lignées endodermiques et ectodermiques (notamment digestifs, pulmonaires et cutanés) dominent, suivis des tumeurs mésodermiques non mésenchymateuses (organes génitaux féminins, rein).Ces résultats remettent en cause l’innocuité présumée des pesticides.

Références
Nat Health 2026;1(5):520-31. Honles J, Cerapio JP, Monge C, et al. Mapping pesticide mixtures to cancer risk at the country scale with spatial exposomics. PMID: 42111112