La prise en charge du lipœdème, maladie méconnue mais fréquente chez la femme, repose sur des traitements conservateurs : mesures hygiénodiététiques, drainage lymphatique, compression… Pour la première fois, une étude randomisée, publiée dans le Lancet, a comparé cette stratégie à une option prometteuse : la liposuccion.

Le lipœdème est une accumulation anormale et symétrique de tissu adipeux des hanches jusqu’aux genoux voire aux chevilles. Il s’accompagne de douleurs cutanées et ecchymoses spontanées, voire d’œdèmes après orthostatisme ou temps chaud (cf. figure). Sa physiopathologie reste à élucider : elle pourrait impliquer l’augmentation de perméabilité des capillaires, une microcirculation lymphatique perturbée ainsi qu’une adipogenèse anormale.

Chronique, évolutif et parfois invalidant, le lipœdème touche presque exclusivement des femmes, à 80 % en situation de surpoids ou d’obésité. Il peut avoir un retentissement majeur sur la qualité de vie et l’état psychologique. Reconnue par l’OMS seulement depuis 2018, cette affection est pourtant fréquente, avec une prévalence d’environ 10 % chez les femmes adultes.

La prise en charge est symptomatique. En Europe, le traitement de référence est la thérapie décongestive complexe, qui associe drainage lymphatique manuel, bandes ou bas de contention/compression, activité physique régulière (surtout aquatique ou mobilisant les jambes) et soins cutanés. On peut y adjoindre la perte de poids (peu d’effet sur l’aspect, mais limite l’aggravation) voire un soutien psychologique. Si cette approche a fait ses preuves pour réduire l’œdème, elle nécessite une adhésion au long terme ; elle a peu d’effet sur la douleur, le symptôme clé du lipœdème, ainsi que sur l’accumulation de graisse responsable de la maladie. Aucun médicament n’a démontré son efficacité.

Récemment, la liposuccion tumescente s’est imposée comme gold standard chirurgical pour diminuer les douleurs et augmenter la qualité de vie ; en retirant les amas graisseux, c’est la seule option potentiellement curative. Cependant, la littérature manque d’essais randomisés comparant cette alternative au traitement conservateur. Les guidelinesallemandes la proposent en cas d’échec de la thérapie décongestive ou de complications, tandis que les autorités britanniques et canadiennes ne la recommandent pas, fautes de données d’efficacité et de sécurité.

Des médecins ont donc réalisé un premier essai randomisé contrôlé multicentrique comparant ces 2 stratégies. Des patientes adultes ont été recrutées dans 11 centres experts allemands. Elles devaient avoir un lipœdème, avec une douleur moyenne évaluée à ≥ 4/10 sur une échelle numérique (EN). Étaient exclues les femmes avec antécédents de liposuccion.

Après 7 mois de thérapie décongestive complexe réalisée par un kiné, les patientes sélectionnées ont été randomisées suivant un ratio 2 :1 entre 2 bras : liposuccion tumescente (jusqu’à 4 sessions, avec poursuite optionnelle de la thérapie décongestive) vs thérapie décongestive complexe seule (groupe contrôle). Le critère de jugement principal était l’efficacité du traitement à 12 mois (post-randomisation dans le bras contrôle, et post-chirurgie dans le bras opéré), définie par une réduction d’au moins 2 points de la douleur évaluée sur les 4 dernières semaines. Les critères secondaires à 12 mois comprenaient les EI, l’évolution de la douleur sur l’EN, la propension aux hématomes et la qualité de vie (composantes physique et mentale de l’autoquestionnaire SF- 36, score DLQI mesurant l’effet d’une maladie de peau sur la vie quotidienne, PHQ- 9 pour la susceptibilité à la dépression…).

Diminution significative de la douleur

Les résultats sont parus le 5 septembre 2026 dans le Lancet. 453 patientes ont été recrutées entre janvier 2021 et juin 2022. À l’issue de 7 mois de thérapie décongestive, 410 d’entre elles (âge moyen = 42,9 ± 10,6 ans) ont été randomisées : 278 dans le groupe liposuccion (douleur = 6,2 ± 1,6) et 132 dans le groupe contrôle (6,3 ± 1,6). Les 2 bras avaient des caractéristiques sociodémographiques et cliniques similaires à l’inclusion.

Après 12 mois, 68 % des patientes opérées ont atteint le critère de jugement principal, contre seulement 8 % dans le groupe contrôle (odds ratio = 26,2 ; IC95 % = 13,1 - 52,5 ; p < 0,0001). Les critères secondaires montraient aussi une amélioration significative des indicateurs de qualité de vie, ainsi qu’une diminution de la propension aux hématomes. De même, la douleur diminuait nettement chez les opérés, avec une baisse de 3,74 points par rapport à l’inclusion, tandis qu’elle restait stable dans le groupe contrôle.

Comme attendu, les EI étaient significativement plus nombreux parmi les femmes opérées : 47 % d’entre elles ont vécu un EI et 8 % un EI grave, contre respectivement 21 % et 3 % dans l’autre bras. Ces EI liés à la chirurgie (infection du site opéré dont érysipèle et abcès, baisse de l’hémoglobine postopératoire) étaient majoritairement légers à modérés.

Un édito associé à la publication souligne toutefois l’absence de précisions sur le protocole de thérapie décongestive complexe, ainsi qu’un délai d’évaluation plus long de 4,5 mois dans le groupe chirurgie que dans le groupe contrôle.

Pour les auteurs, ces résultats indiquent que la liposuccion est une intervention sûre et efficaceà considérer chez toutes les patientes. Son efficacité à long terme reste toutefois à déterminer : un suivi à 36 mois est prévu dans le cadre de cet essai.

Pour en savoir plus
Podda M, Schmidt J, Cornely ME, et al. Liposuction versus conservative therapy for patients with lipoedema in Germany: A multicentre, randomised controlled clinical trial. Lancet 2026;408(10558):910-23.
Brenner E, Bonomini F. Redefining treatment goals in lipoedema: The case for liposuction as a curative approach. Lancet 2026;408(10558):870-1.
Inesss. État des connaissances. Le lipœdème. Septembre 2025.
Vignes S. Lipœdème. Obésité 2019;14(3):124-30.
Vignes S. Prise en charge médicale du lymphœdème. Rev Prat 2022;72(6):587-94.
Chevennement M. Le lipœdème et sa prise en charge. Presse Med Form 2024;5(5):331-6.
Delobaux A. Le lipœdème. Real Chir Plast 2020;38:10-5.
Naef V, Alvarez Martinez D, Cortés B. Le lipœdème : une entité méconnue. Rev Med Suisse 2021;732(17):616-20.
Cazaubon M. Le lipœdème – pour une approche pluridisciplinaire. Genesis 2024.
Ameli. Dossier sur le lipœdème.16 juin 2025.
Faerber G, Cornely M, Daubert C, et al. S2k guidelines lipedema. J Dtsch Dermatol Ges 2024;22(9):1303-15.

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