Le confinement a été associé à un risque plus élevé de survenue d’une lombalgie, aussi bien chez les personnes en télétravail que chez ceux qui, travaillant à l’extérieur, ont dû le faire à un rythme plus soutenu que d’habitude. Ce sont les conclusions du Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 26, publié le 9 octobre 2020.

 

L’enquête CoviPrev, menée par internet en population générale, en trois temps (entre le 8 juin et le 8 juillet 2020), a interrogé 3 224 personnes sur leur situation de travail pendant le confinement (17 mars-10 mai) et sur leurs symptômes du bas du dos – courbatures, douleurs, gêne. 

Résultats : 10,4 % des travailleurs interrogés qui ne souffraient pas de lombalgies avant cette période ont eu des symptômes, le risque étant augmenté chez les sujets nouvellement placés en télétravail, tout comme chez ceux travaillant à l’extérieur à un rythme plus soutenu (16 %). Une incidence supérieure à celle observée chez les personnes qui avaient déjà l’habitude du télétravail, ou chez ceux travaillant à l’extérieur qui n’ont pas augmenté leur rythme (6 %).

Pour les patients qui souffraient déjà d’une lombalgie (34,4 % du panel), le confinement était aussi significativement associé à une évolution défavorable des symptômes, en particulier chez les sujets travaillant en extérieur à un rythme plus soutenu (professionnels de santé médicaux et médico-sociaux, grande distribution, etc.) ; mais au contraire une plus grande chance d’évolution favorable était constatée pour les personnes habituées à travailler à distance.

En ce qui concerne le télétravail, l’étude a en effet montré une différence importante dans le risque de développer une lombalgie entre les personnes qui étaient rodées à ce mode de travail et celles qui y ont été brutalement contraintes : le manque d’organisation que cela a impliqué a souvent empêché un aménagement ergonomique du poste de travail à domicile (travail sur ordinateur portable, absence de bureau et impossibilité de s’isoler dans une pièce, par exemple) et, par conséquent, une dégradation de la posture. 

L’augmentation des niveaux de stress et d’anxiété, majorée pour certains par la gestion simultanée de la scolarité des enfants (un facteur de risque partagé par ceux qui travaillaient à l’extérieur), a également joué. Les risques psycho-sociaux sont effectivement des facteurs connus de troubles musculo-squelettiques – ce que semble confirmer l’association entre l’exigüité du logement et l’incidence de la lombalgie, pointée dans cette étude.

Alors que l’épidémie de Covid-19 est de nouveau dans une phase croissante, et que le télétravail régulier s’installe durablement, Santé publique France recommande donc des interventions pour prévenir un nouvel accroissement de l’incidence de la lombalgie. Des interventions qui passent par l’encouragement d’aménagements nécessaires (matériel adapté pour le domicile, dispositions adaptées à la prise de pauses et le mouvement régulier, etc.), mais aussi par l’implication du travailleur : l’heure de rappeler à vos patients que le principal traitement est l’activité physique adaptée !

À lire sur ce sujet

Gibert É. Lombalgies de l’adulte. Rev Prat Med Gen 2016;30:289-95.

Rajzbaum G. Lomboradiculgie commune. Rev Prat Med Gen 2019;33:229-30.

Roquelaure Y, Bodin J, Descatha A, Petit A. Troubles musculo-squelettiques liés au travail. Rev Prat 2018;68:84-9.

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

Figures et tableaux