Le syndrome des pieds et mains brûlants est une infection cutanée due à Pseudomonas aeruginosa, bactérie qui se développe dans les eaux chaudes, peu chlorées et à pH élevé ; l’infection serait facilitée par la nature abrasive des sols et des margelles de piscine. Quels sont les signes ? Quels diagnostics différentiels ? Quelle prise en charge ?

 

Le syndrome des pieds et mains brûlants (ou Pseudomonas hot-foot and hand syndrome) est une infection cutanée bactérienne due à Pseudomonas aeruginosa (ou bacille pyocyanique), bacille à Gram négatif non fermentant, aérobie strict, présent dans les sols et l’eau. Il se développe volontiers dans les eaux chaudes, peu chlorées et à pH élevé. L’infection serait facilitée par la nature abrasive des sols et des margelles de piscine. Peu pathogène chez le sujet immunocompétent, cette bactérie opportuniste peut s’avérer redoutable chez les sujets dont l’immunité (essentiellement cellulaire) est affaiblie. À l'occasion d’une baignade en eaux contaminées, il peut être également responsable d’infections communautaires le plus souvent bénignes : folliculites, surinfections de plaies, otites externes, kératites (notamment chez les porteurs de lentilles de contact), etc.

Quels signes évocateurs ?

Le syndrome des pieds et mains brûlants se manifeste sous la forme de lésions nodulaires multiples douloureuses palmaires ou plantaires apparaissant 6 à 48 heures après l’exposition à des eaux contaminées. La douleur peut être importante (sensation de brûlure intense) et empêcher le port de chaussettes et de chaussures voire le contact des draps de lit.La localisation plantaire est la plus fréquente ; plus rarement, elle est palmaire ou palmoplantaire. Fébricule, nausées et malaise ont été rapportés dans les cas les plus sévères.

Cette affection est plus fréquente chez l’enfant, dont la couche cornée de l’épiderme, barrière naturelle, est plus sensible à la pénétration de germes (d’autant plus sur peaux lésées : dermatite sous-jacente, blessure, sudation, macération, occlusion).

Le diagnostic est clinique et les examens complémentaires sont inutiles. S’ils sont réalisés, on note à l’hémogramme une hyperleucocytose à neutrophiles ; la protéine C-réactive est élevée ; les mises en culture d’une lésion et de l’eau souillée mettent en évidence la même souche du germe Pseudomonas aeruginosa. L’histologie montre des micro-abcès et un infiltrat neutrophilique périvasculaire et péri-eccrine.

Une prise en charge symptomatique

Chez le sujet sain, tous les symptômes évoluent favorablement et sans séquelle en moins de 14 jours, sans traitement. L’antibiothérapie est donc inutile chez le sujet immunocompétent. En cas d’immunodépression (VIH, patient transplanté, traitement immunosuppresseurs, etc.), elle peut se justifier. Pour soulager le patient, les compresses froides, la surélévation des jambes (en cas de lésions plantaires) et les antalgiques de premier palier peuvent être conseillés. Bien évidemment, une fois les eaux souillées en cause identifiées, il faut procéder à leur décontamination.

Diagnostics différentiels : peu nombreux et facilement écartés

L’hidradénite eccrine neutrophilique (HEN) palmoplantaire provoque des lésions ayant un aspect marcoscopique et histologique proche de celles du syndrome des pieds et mains brûlants. La mise en culture et le contexte aident à conclure. En effet, si aucun pathogène n’est mis en évidence, en l’absence de baignade récente et en cas de prise de médicaments (chimiothérapie), l’hidradénite eccrine neutrophilique est évidemment plus probable.

L’urticaire aquagénique peut être évoquée mais les lésions, prurigineuses et mobiles, ne sont ici pas limitées aux zones palmoplantaires.

La panniculite suppurée à Pseudomonas aeruginosa prend la forme de lésions nodulaires douloureuses au niveau des membres inférieurs, épargnant les plantes des pieds. À haut risque de septicémie, la panniculite doit être prise en charge chirurgicalement (incision et drainage) et une antibiothérapie est nécessaire.

Enfin, les lésions de l’érythème noueux, nodulaires, douloureuses, se situant au niveau de la face antérieure des membres et épargnant les plantes de pieds sont facilement écartées.

 

 

Kristell Delarue, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Fiorillo L, Zucker M, Sawye D. The Pseudomonas Hot-Foot Syndrome.  N Engl J Med 2001;345(5):335-8.

Yu Y, Cheng AS, Wang L. Hot tub folliculitis or hot hand-foot syndrome caused by Pseudomonas aeruginosa.  J Am Acad Dermatol 2007;57(4):596-600.

Silvestre JF, Betlloch MI. Cutaneous manifestations due to Pseudomonas infection. Int J Dermatol 1999;38(6);419-31.

Figures et tableaux
Références
Remerciements au Dr Anne-Marie Devinoy pour la photo.