Jusqu’à il y a peu, la question de la maladie alcoolique de la femme était à peine abordée tant sur le plan théorique que pratique, bien que les dégâts s’amplifient du fait de sa fréquence accrue et de ses lourdes complications. Il est temps que ce tableau cesse.
La parution du dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2015, qui montre une baisse globale de la consommation d’alcool, mais son augmentation dans la population des jeunes et des femmes, marque un tournant. Ce rapport bât aussi en brèche l’idée reçue selon laquelle une femme qui souffre de maladie alcoolique est une femme en situation de précarité : ce sont, au contraire, les plus instruites et celles qui ont le plus de responsabilités professionnelles qui sont les plus exposées. Les préoccupations actuelles sur les violences faites aux femmes doivent également attirer davantage l’attention des professionnels car les traumatismes qu’elles génèrent provoquent souvent des conduites addictives. Malgré une avancée notable, le sujet est encore tabou, y compris au sein du monde médical, les médecins craignant encore de froisser leurs patientes en évoquant un problème dont, à l’évidence, ils n’ont pas encore intégré la dimension pathologique. La maladie alcoolique chez la femme évolue en silence et se complique plus rapidement que chez les hommes. Les chiffres dont nous disposons confirment notre pratique et nous amènent à demander aux autorités un investissement plus significatif à la fois en termes de recherche mais aussi de prévention afin de protéger les femmes. Elles sont devenues, avec les jeunes, une cible majeure du marketing des alcooliers.

Données épidémiologiques

Prévalence

Pendant très longtemps, la consommation d’alcool des hommes a été bien supérieure à celle des femmes, l’écart, cependant, s’est fortement réduit, notamment chez les jeunes adultes. Des chercheurs ont passé en revue 68 études internationales sur ce sujet. Chez les personnes nées autour de 1900, les hommes étaient 2 à 3,6 fois plus susceptibles que les femmes de consommer de l’alcool. En revanche, chez celles nées autour de 2000 et qui ont entre 16 et 25 ans aujourd’hui, ces ratios sont seulement de 1,1 à 1,3 fois, suggérant un quasi-équilibre entre les sexes.1 En France, entre 2010 et 2014, le taux d’ivresses régulières chez les femmes a doublé alors qu’il est resté stable chez les hommes. Cela serait dû à l’augmentation de la consom- mation féminine, et non à une diminution de celle des hommes.2, 3
L’environnement doit aussi être pris en compte car les femmes actives souffrent d’un plus grand mal-être au travail.4 Le surmenage, la charge mentale et le lien entre conditions de travail et dépression sont des sujets largement évoqués par nos patientes.5

Types d’alcool

Aujourd’hui, les femmes représentent, avec les jeunes, un marché très convoité car ce sont elles qui majoritairement achètent l’alcool en grande surface en France. Le vin reste plus consommé par les hommes, mais l’écart se réduit. Les campagnes publicitaires s’adressent ouvertement aux femmes : fémini- sation des noms et des condition- nements, apparition de vins « light », images mettant en scène des femmes élégantes et belles : « La femme est [devenue] l’avenir du vin ».6 Si les outils de sensibilisation et de pré- vention ont réussi à faire chuter de près de 40 % le taux de mortalité lié à la consommation d’alcool, l’obli- gation de prévention doit s’affiner afin de préserver les femmes, dont la consommation continue d’augmenter, avec une montée en puissance des alcools forts.7

Coûts

Les coûts directs et indirects liés à la maladie alcoolique sont supérieurs lorsqu’il s’agit des femmes en raison de complications plus lourdes qui peuvent apparaître dès le premier verre.8 Elles sont à la fois psychiatriques, comme la dépression et les troubles anxieux, et somatiques, comme les atteintes hépatiques, les troubles cardiovasculaires ou les cancers. La mortalité et la morbidité sont ainsi plus élevées chez les...

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