Les connaissances sur la maladie d’Alzheimer ont largement progressé ces cinq dernières années. Les lésions cérébrales, initialement décrites dans les autopsies des personnes atteintes de cette maladie, se voient aussi chez des personnes âgées sans trouble ­ cognitif majeur de leur vivant. De fait, les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires semblent débuter 10 à 20 ans avant les premiers signes cliniques.

Ces anomalies biologiques cérébrales sont maintenant explorées in vivo par des bio­marqueurs du liquide cérébrospinal et peut-être bientôt du sang, ou par imagerie par émission de positons grâce à de nouveaux traceurs. La physiopathologie pourrait commencer par une accumulation anormale de peptide amyloïde suivie d’une agrégation anormale de protéine tau, ou de tau anormalement phosphorylée, mais d’autres facteurs pourraient intervenir comme facteurs d’aggravation ou de protection, tels que la neuro-­inflammation et l’activation des cellules microgliales, les facteurs vasculaires que sont les micro-lacunes, les micro-saignements et les anomalies de la barrière hémato- encéphalique ou enfin la réserve cognitive.

La maladie d’Alzheimer est donc une maladie biologique initiale. La recherche actuelle s’oriente sur les marqueurs sanguins anormaux qui pourraient permettre un diagnostic et, sur le plan thérapeutique, sur des essais cliniques utilisant les immunothérapies anti-­amyloïde qui pourraient agir sur le déclin cognitif en diminuant la charge amyloïde cérébrale, mais ces espoirs ont besoin d’être confirmés. Les cinq prochaines années vont peut-être voir enfin survenir des thérapeutiques freinant l’évolution de la maladie et la possibilité de faire un diagnostic précoce des lésions cérébrales. Dans cette attente, l’organisation parfaite des soins est susceptible d’apporter un confort de vie accru aux malades et à leurs proches. Toutes les mesures de prévention recommandées pour éviter les accidents ­cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et les cancers s’appliquent à la prévention des symptômes de la maladie d’Alzheimer dont elles peuvent retarder la date de survenue. Associée à l’éducation, cette prévention allie la sociabilité, les jeux, les arts et toute activité intellectuelle et physique. 

Pr Jacques Hugon*, Joël Ménard**

* Centre de neurologie cognitive, université de Paris, hôpital Lariboisière-Fernand-Widal AP-HP Inserm 1144, Paris, France
** Faculté de médecine Paris-Descartes, université de Paris

J. Hugon déclare des liens ponctuels (essais cliniques et activités de conseil) avec Roche, Novartis, Eisai, Genentech, Protek, Raman, Biogen et Oryzon Genomics.  J. Ménard déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

 

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