La France fait face à une pénurie sans précédent de médecins scolaires, mettant en péril la santé de millions d’élèves. Les chiffres sont éloquents : le ratio actuel, 1 médecin pour 13 300 élèves, est non seulement insuffisant mais aussi fortement hétérogène. Selon les territoires, 1 médecin peut être responsable de 2 000 à 46 000 élèves, une disparité qui menace l’équité même du système éducatif. Cette situation, documentée par l’Académie nationale de médecine dès 2017,1 s’est encore aggravée ces dernières années, avec une diminution de 28 % des postes en près d’une décennie (de 1 143 médecins en 2013 à 818 en 2022).2
En 2025, 28 postes de médecin scolaire ont été ouverts au concours, alors que 44 % sont vacants.3,4 Cette pénurie entraîne des répercussions directes sur la santé des enfants : ainsi, seules 18 % des visites obligatoires des 6 ans ont été réalisées sur le territoire national en 2018, et à Mayotte et dans l'Indre il n'y avait aucun médecin scolaire en 2022.5,6 Les élèves en situation de handicap ou nécessitant des aménagements spécifiques sont particulièrement touchés : dans le Loiret par exemple, des postes restent non pourvus depuis des mois, empêchant la validation des plans d’accompagnement (PAP, PAI) en cas de troubles de l’apprentissage ou de maladies chroniques.7
Enjeu majeur d’égalité, les médecins scolaires ont aussi des missions de prévention en santé qu'ils ne peuvent plus assurer et qu'ils délèguent pour partie aux services de PMI, eux-mêmes en souffrance : détection des fragilités et des situations de danger, éducation en matière de contraception, d’équilibre alimentaire, d’usage des écrans et des réseaux sociaux… Les psychologues, infirmiers et assistants sociaux, eux aussi en sous-effectif, ne peuvent compenser ce manque.
Bien consciente de cet état des lieux catastrophique, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne avait annoncé, en mai 2025, une augmentation salariale des médecins scolaires,8 mesure nécessaire mais bien insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Outre la revalorisation indispensable de la médecine scolaire en en faisant une spécialité, ne serait-il pas pertinent d’encourager la recherche en la matière pour la rendre attractive et améliorer les pratiques et les politiques de santé en milieu éducatif ? Enfin, l’intégration de modules spécifiques et de stages en médecine scolaire dès le deuxième cycle des études de médecine pourrait peut-être susciter davantage de vocations.
La santé des élèves est un enjeu majeur pour l’avenir de notre société. Les troubles sensoriels, les pathologies neuropsychiatriques doivent être dépistés le plus tôt possible. De même, la prévention (santé buccodentaire, alimentation, écrans et réseaux sociaux…) ne peut être ainsi oubliée, à un âge où les messages sont particulièrement bien retenus et transmis par les élèves à leurs proches. Sans une action rapide, la situation continuera de se dégrader, menant à l’abandon pur et simple de la médecine scolaire, avec des conséquences sur la santé, et donc sur la réussite et l’intégration sociale des élèves.
2. Sénat. Proposition de loi visant à expérimenter le transfert de la compétence « médecine scolaire » aux départements volontaires. 13 mars 2024. https://bit.ly/4s4RwZH
3. Ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Arrêté du 29 janvier 2025 fixant au titre de l’année 2025 le nombre de postes offerts au concours de recrutement de médecins de l’Éducation nationale. 9 février 2025. https://bit.ly/48YsFy9
4. Union nationale des syndicats autonomes Éducation. Médecine scolaire : état du patient docteur ? pronostic vital engagé… 12 janvier 2023. https://bit.ly/4q8YI58
5. Sénat. Comptes rendus analytiques officiels du 20 mars 2024. https://bit.ly/4oZY1dq
6. Cour des comptes. Les médecins et les personnels de santé scolaire. Avril 2020. https://bit.ly/48ZNGbo
7. Sénat. Question écrite n° 03535. Pénurie de médecins scolaires au sein de l’Éducation nationale. 27 février 2025. https://bit.ly/3KYcwk6
8. Djéhanne Gani. Santé scolaire : une ambition sans les moyens de l’action. Le Café pédagogique, 20 mai 2025. https://bit.ly/3KXoWsz