Le rationnement en sucre instauré au Royaume- Uni entre juillet 1942 et septembre 1953 offre une occasion unique pour étudier ses effets à long terme sur la santé cardiovasculaire (CV). En s’appuyant sur de vastes données épidémiologiques et des marqueurs d’imagerie cardiaque, une étude parue dans le BMJ a évalué si un régime alimentaire pauvre en sucre pendant les 1 000 premiers jours d’un enfant est associé à une diminution des risques de maladies CV, d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque, de fibrillation atriale (FA), d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de mortalité CV à l’âge adulte. L’étude a utilisé les données de 63 433 participants (56,9 % de femmes) de la cohorte UK Bio-bank, nés entre octobre 1951 et mars 1956, sans antécédent CV connu, classés en trois groupes selon leur degré de rationnement en sucre : in utero et jusqu’à 2 ans, in utero seulement et groupe témoin sans rationnement.Les événements CV ont été identifiés grâce aux registres de santé britanniques, avec un suivi jusqu’en juillet 2023. Des modèles statistiques ont été utilisés pour estimer les risques relatifs, ajustés sur des facteurs démographiques, socio-économiques, génétiques et environnementaux. Une autre analyse, dite « de médiation », a été réalisée pour évaluer le rôle du diabète, de l’hypertension artérielle (HTA) et du poids de naissance dans l’association entre rationnement en sucre et risques CV. Pour valider les résultats, deux cohortes externes ont été analysées, avec des participants nés durant les mêmes périodes mais non rationnés en sucre dans l’enfance.Les résultats montrent une association significative et graduelle entre la durée du rationnement en sucre et la réduction des risques CV à l’âge adulte. Comparés aux individus qui n’ont jamais été rationnés, ceux rationnés in utero et un à deux ans ont des risques relatifs (hazard ratios [HR]) ajustés de 0,80 pour les maladies CV ; 0,75 pour l’infarctus du myocarde ; 0,74 pour l’insuffisance cardiaque ; 0,76 pour la FA ; 0,69 pour l’AVC ; 0,73 pour la mortalité CV. Une relation dose-effet a été observée : plus le rationnement en sucre était long, plus la protection CV était marquée. L’âge de survenue des maladies CV était retardé de 2,53 ans chez les individus rationnés in utero et un à deux ans, comparativement aux non-rationnés.Ces données suggèrent qu’une restriction précoce du sucre pendant les 1 000 premiers jours de vie est associée à une réduction durable des risques CV à l’âge adulte. Ces résultats soulignent l’importance des interventions nutritionnelles pendant la grossesse et la petite enfance.
Références
BMJ2025;391:E083890. Zheng J, Zhou Z, Huang J, et al. Exposure to sugar rationing in first 1000 days after conception and long-term cardiovascular outcomes: natural experiment study.PMID : 41125420