La mort subite, y compris celle du sportif, n’est finalement pas si subite… Sa prévention est possible, grâce à la visite médicale d’absence de contre-indication à la pratique sportive, l’éducation aux bonnes pratiques de sport et la formation de tous aux gestes qui sauvent.
L ’arrêt cardiaque est le mécanisme final de tout décès. Dans la majorité des cas, il résulte d’une pathologie préexistante (cancer, maladies cardiovasculaires [CV], insuffisance respiratoire...). Cependant, dans certaines situations, il survient de façon inopinée. Lorsqu’il n’existe pas de cause dite « circonstancielle » (traumatisme, hémorragie…), il est d’origine cardiaque présumée, considéré alors comme « mort subite ». La mort subite est donc typiquement l’« arrêt cardiaque » du cardiologue.

Mort subite : quelques chiffres

L’arrêt cardiaque correspond à l’absence d’activité mécanique efficace du myocarde. Il est le plus souvent secondaire à un trouble du rythme ventriculaire initial (tachycardie/fibrillation ventriculaire), dit rythme « choquable », qui se dégrade spontanément en quelques minutes en asystolie (absence d’activité électrique : rythme « non choquable »).
Plus rarement, c’est le reflet d’emblée d’une asystolie ou d’une dissociation électromécanique. La proportion de rythmes pouvant bénéficier d’un choc électrique est donc d’autant plus élevée que la prise en charge est précoce.
La maladie coronaire est la cause principale de ces arrêts cardiaques (75 %), tandis que les cardio­myopathies et autres cardiopathies structurelles (15-20 %) et les maladies « électriques » (liées aux troubles du rythme cardiaque héréditaire sur cœur structurellement sain) [5-10 %] sont plus rarement en cause (fig. 1).
On estime actuellement qu’environ 40 000 arrêts cardiaques extrahospitaliers surviennent chaque année en France. Selon les données du registre francilien mis en place depuis le 15 mai 2011, il s’agit majoritairement d’hommes (69 %), âgés en moyenne de 65 ans ; la survenue se fait principalement à domicile (72%) [fig.2]. Un témoin est fréquemment présent (70 %), mais ne débute un massage cardiaque externe (MCE) qu’une fois sur deux. L’utilisation d’un défibrillateur semi- automatique par ce dernier est extrêmement rare (3 %). En région parisienne, il faut en moyenne 10 minutes pour que la brigade des sapeurs-pompiers ou le Samu arrive sur place.
Le taux de survie est de 5 %, en accord avec la majorité des séries françaises ou internationales (fig. 3). Cependant, comme nous le verrons chez le sportif, il existe une disparité importante en fonction des zones géographiques. Le principal déterminant associé est l’appel immédiat des secours et la mise en œuvre de la réanimation cardiopulmonaire (RCP) de base par les témoins.

Chaîne de survie

La prise en charge de l’arrêt cardiaque repose sur le concept de « chaîne de survie », décrite depuis 1991 et actualisée en 2015.
Le 1er maillon est sa reconnaissance par le témoin. Il convient de considérer que tout patient inconscient qui ne répond pas à la stimulation et ne respire pas ou a des mouvements respiratoires anormaux (gasps) est en arrêt cardiaque. La recherche d’un pouls par le grand public n’est plus recommandée pour poser le diagnostic. Après identification d’un sujet en arrêt cardiaque, ce maillon comporte l’appel aux premiers secours, le dialogue entre le premier intervenant et l’opérateur recevant l’appel. C’est un élément fondamental de la prise en charge.
Le 2e maillon est la réanimation cardiopulmonaire de base, dont la pierre angulaire est le massage cardiaque externe (MCE). Lorsque le témoin de l’arrêt cardiaque n’est pas un professionnel de santé, il est maintenant recommandé que le MCE soit réalisé seul (sans ventilation artificielle associée).
Le 3e maillon est la défibrillation par un défibrillateur automatisé externe (DAE). En France, son utilisation par le public est possible depuis 2007, sans restriction, et sans y impliquer une quelconque responsabilité. Lorsque le MCE peut être rapidement associé à une défibrillation externe, comme au cours des manifestations sportives nord-américaines, les taux de survie dépassent les 50 %. Bien loin de nos 5 %... (fig. 3).
Le 4e et dernier maillon de la chaîne de survie préhospitalière – après l’arrivée des secours médicalisés – est la mise en œuvre de techniques spécialisées et d’une médicalisation : poursuite du MCE, mise en place d’une ventilation suffisante (le plus souvent après intubation endotrachéale) et injection d’adrénaline et/ou d’amiodarone, avant d’envisager une assistance circulatoire extracorporelle en cas d’arrêt cardiaque réfractaire.

Mort subite du sportif

La pratique d’une activité sportive régulière est unanimement recommandée, pour ses bénéfices CV en particulier. Ainsi, elle permet de diminuer le risque de mort subite à moyen et long terme. Cependant, l’activité sportive peut, exceptionnellement, entraîner des complications cardiaques pouvant aller jusqu’à la mort subite. Un « paradoxe de l’exercice» !1, 2 En effet, ce dernier – surtout lorsqu’il est intense et brutal chez un sujet peu entraîné – peut déclencher un trouble du rythme ventriculaire lorsqu’il existe un substrat sous-jacent, c’est-à-dire une maladie cardiaque existante.
L’attention médiatique portée aux athlètes de haut niveau ayant subi un arrêt cardiaque pendant une activité sportive a contribué à instaurer une équivalence indue entre « mort subite pendant le sport » et « mort subite du jeune athlète de compétition ».3
Jusqu’à récemment, il n’existait pas de données sur la mort subite du sportif dans la communauté des sportifs occasionnels (typiquement le « joggeur du dimanche »...). Toute l’information dont nous disposions provenait des études effectuées chez le jeune sportif de haut niveau, ou de certaines activités spécifiques telles que le marathon...
C’est la raison pour laquelle le Centre d’Expertise Mort Subite de Paris (Paris-CEMS) a initié un registre français en avril 2005, mené en population générale (60 départements) et poursuivi pendant 5 années consécutives. Il s’agit d’une vaste...

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Une discipline exigeante nécessite une information exigeante

ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 1€ PAR JOUR

Une discipline exigeante nécessite une information exigeante

ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 1€ PAR JOUR