Cette étude visait à déterminer si la susceptibilité à des colites récurrentes diffère selon le sexe chez des animaux nés par césarienne et à identifier les altérations précoces de la barrière intestinale et du microbiote associées à ces différences. Un modèle murin a été utilisé pour comparer – de la naissance à l’âge adulte (8 semaines) – les naissances par voie basse (N = 10 - 15 par groupe) et par césarienne (N = 10 - 15). Une colite aiguë et une colite récurrente ont été induites chimiquement par DNBS, un agent inflammatoire, à 4 semaines post-sevrage et 8 semaines, respectivement. La sévérité de l’atteinte a été évaluée en mesurant perte de poids, score colique, activité de la myélopéroxydase et dosage de cytokines (IL- 1α, IL- 6, IFN-γ, etc.). Le microbiote a été analysé par séquençage à plusieurs stades (5 jours, 3, 4, 6 et 8 semaines) ; la perméabilité de la membrane intestinale a été étudiée en parallèle.
L’étude est parue dans Gut Microbes en avril 2026.1 Premier résultat : la césarienne modifie le microbiote et l’empreinte immunitaire très tôt après la naissance, indépendamment du sexe. Dès les premiers jours de vie, les chercheurs observent une augmentation précoce de la lipocaline- 2 sérique (marqueur de l’inflammation et de la perméabilité intestinale) et des cytokines pro-inflammatoires (IL- 6, IFN-γ). Cela indique une activation immunitaire précoce liée au mode d’accouchement, avant même toute exposition à des pathogènes. À ce stade, certaines espèces bactériennes occupaient une position centrale dans les réseaux d’interactions microbiens, comme celles productrices de butyrate. Cet acide gras à chaîne courte est une source d’énergie majeure pour les colonocytes et joue un rôle clé dans le maintien de l’intégrité de la barrière intestinale.
Plus tard, au moment du sevrage des souriceaux, les mâles nés par césarienne montraient une perméabilité paracellulaire accrue (p < 0,001), une résistance transépithéliale réduite (p < 0,01) et des niveaux de butyrate cæcal diminués (p < 0,05). Si les bactéries productrices de butyrate conservaient une position centrale, les espèces non productrices gagnaient en importance, suggérant un déséquilibre fonctionnel du microbiote. En revanche, les femelles ne présentaient pas ces altérations et affichaient même un taux augmenté d’acétate cæcal (p < 0,05), une substance impliquée dans la régulation de l’inflammation et du métabolisme.
À l’âge adulte, seuls les mâles nés par césarienne développaient une susceptibilité accrue à la colite. Les auteurs décrivent des modifications spécifiques de leur microbiote, en particulier une persistance de souches non productrices de butyrate (certaines Rikenellaceae), alors que chez les femelles prédominaient Ligilactobacillus et Candidatus Arthromitus.
Le mode d’accouchement programmerait donc des trajectoires des interactions hôte-microbiote spécifiques selon le sexe, avec des conséquences durables sur la perméabilité de la barrière intestinale et la susceptibilité aux maladies inflammatoires, plus marquées chez les mâles. Ces résultats soulignent l’importance de considérer le sexe et le mode d’accouchement dans le développement de stratégies ciblant le microbiote, comme les probiotiques ou les prébiotiques, afin de restaurer un équilibre microbien protecteur.La transposition de ces résultats chez l’humain nécessite toutefois des études complémentaires.