Fruit du pacanier (Carya illinoinensis), un caryer (arbre du genre Carya) du centre et du sud des États-Unis, la noix de pécan (ou pacane) reste assez confidentielle en France, et dans le monde. Produite à 85 % au Mexique et aux États-Unis, elle comptait seulement pour 2 % de la production mondiale de fruits à coque en 2024/2025 (152 000 tonnes), à comparer aux 19 % (1 142 000 tonnes) des noix classiques, leurs lointaines cousines issues des noyers (arbres du genre Juglans). L’influence de la consommation de noix de pécan sur la santé a donc été moins étudié que celle des noix communes.
Au premier abord, la ressemblance entre noix de pécan et noix commune, toutes deux fruits de Juglandacées, semble évidente, en aspect et en composition nutritionnelle globale (lipides dont acides gras [AG] saturés, protéines, glucides). Pourtant, les près de 60 millions d’années d’évolution qui séparent les caryers des noyers ont abouti à d’importantes différences entre leurs noix, visibles dans l’analyse fine de leur composition nutritionnelle, notamment lipidique (cf. tableau 1).
D’où l’intérêt d’étudier spécifiquement les effets des noix de pécan pour la santé – ce à quoi trois chercheurs du Center for nutrition research de l’Institut de technologie de l’Illinois (à Chicago) se sont attelés. Leur revue sur le sujet est parue en novembre 2025 dans Nutrients.
Haute densité nutritionnelle et composés phytochimiques antioxydants
L’article commence par un état de la recherche concernant la composition nutritionnelle des noix de pécan, avec un tableau détaillé de cette dernière (tableau 2), qui diffère légèrement des données françaises et s’avère bien plus précises sur leurs principaux composés phytochimiques bioactifs, ayant des propriétés antioxydantes : phytostérols, flavonoïdes, tanins condensés, etc.
Si les auteurs notent que la composition nutritionnelle peut grandement varier entre variétés de pacanes (variations du simple au triple en proportion de fibres ou de glucides hors fibres, proportion de lipides variant de 53 à 70 %), les noix de pécan, tout comme les noix, restent un aliment à la fois calorique et à haute densité nutritionnelle – c’est-à-dire fournissant une importante proportion de micronutriments essentiels (vitamines, minéraux) par rapport à son nombre de calories.
Les principaux minéraux présents dans les pacanes par quantité décroissante sont le potassium, le phosphore, le magnésium et le calcium. Les pacanes sont aussi particulièrement riches en polyphénols (flavonoïdes, tanins condensés) par rapport aux autres noix, et sont souvent classées en 1re place pour leur teneur en polyphénols totaux. Cependant, la bioaccessibilité (fraction libérée durant la digestion), la biodisponibilité (fraction atteignant la circulation systémique) et la métabolisation de ces composés photochimiques bioactifs restent mal connues, ainsi que leurs effets sur la santé lorsque les noix de pécan sont consommées régulièrement.
Consommation : quels effets sur la santé ?
Les chercheurs ont ensuite réalisé via Medline une recherche bibliographique des études cliniques publiées entre 2000 et 2025. Ces travaux devaient porter sur les effets physiologiques de la consommation de noix de pécan, évalués par le truchement de différents critères de jugement, notamment cardiométaboliques.
Poids : pas d’effet observé
Plusieurs études ont surveillé le poids corporel comme critère d’évaluation secondaire. Dans l’ensemble, les données des différents essais n’indiquaient pas un risque accru de surpoids/obésité avec la consommation de noix de pécan, en cohérence avec les méta-analyses réalisées sur d’autres types de noix. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène, parmi lesquelles l’ajustement de l’apport alimentaire à la dépense énergétique. D’autres mécanismes potentiellement en jeu sont l’énergie métabolisable inférieure des pacanes, ainsi que la sensation de satiété qu’elles procurent (comme les autres noix).
Santé cardiométabolique : effets neutres sur la glycémie, positifs sur le métabolisme lipidique
Seules 4 études incluses ont porté spécifiquement sur les effets glycémiques des noix de pécan chez l’être humain, ainsi qu’une étude animale et une étude in vitro évaluant la capacité des pacanes à inhiber la digestion d’amidon. Les résultats sur l’impact glycémique de la consommation de pacanes sont contradictoires, montrant une amélioration ou un effet neutre sur la glycémie à jeun, la glycémie postprandiale ou encore la résistance à l’insuline, dans le cadre d’interventions variables (consommation de 43 ou 68 g/jour de pacanes, pendant 4 ou 8 semaines chez des sujets sains).
Le profil lipidique, très riche en AG insaturés, apparaît favorable pour la prévention CV. Il est proche mais distinct de celui des noix communes, avec une quasi-inversion (voir tableau 1) de leurs teneurs en AG monoinsaturés (non essentiels) et polyinsaturés (essentiels), tous deux étant associés à la protection CV. De manière générale, en accord avec ce bon profil lipidique, les auteurs notent que la consommation de noix de pécan est associée à une réduction des taux de cholestérol total, LDL, et non-HDL, de triglycérides, et d’apolipoprotéine B, ainsi qu’à une amélioration du métabolisme lipidique postprandial et de l’activité antioxydante.
Les résultats sur la fonction vasculaire et l’inflammation sont plus incertains.
Effets sur le cerveau et la santé intestinale : pas de preuves
Au cours des deux dernières décennies, les fruits, en particulier les baies, ont été étudiés pour leurs effets sur la fonction cognitive. Les noix de pécan contiennent certains polyphénols, qui peuvent avoir des effets sur le fonctionnement du cerveau, en particulier les proanthocyanidines (tanins condensés) et les anthocyanes. Un régime riche en tanins condensés peut être neuroprotecteur et réduire le risque de maladie d’Alzheimer ainsi que d’autres maladies neurodégénératives. Malgré quelques résultats positifs ou neutres, dans l’ensemble, les données sont limitées concernant cet aspect. Pas de conclusions non plus concernant leurs effets sur la santé intestinale.
Qu’en retenir ?
Si les noix de pécan font aujourd’hui partie des 14 allergènes à déclaration obligatoire (dans la catégorie fruits à coque) au vu des fortes réactions allergiques qu’elles peuvent occasionner, elles apparaissent aussi comme un aliment de bonne qualité nutritionnelle associé à des effets positifs ou neutres sur la santé, suivant les critères considérés.
Dans l’ensemble, la littérature actuelle suggère que les noix de pécan offrent des avantages cardiométaboliques et améliorent la qualité de l’alimentation lorsqu’elles sont incorporées à une nutrition saine. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour élargir la compréhension de leurs effets, en particulier la manière dont elles agissent d’un point de vue cardiométabolique et leur rôle potentiel dans d’autres domaines (cérébral, intestinal, etc.). Pour ce faire, des études interventionnelles de qualité, menées à court et long termes, seraient nécessaires.
Enfin, il faut noter que ce travail a été financé par l’American pecan promotion board (APPB), un organisme étatsunien de promotion de l’industrie de la noix de pécan, mais ce dernier n’a pas eu de rôle dans la réalisation, l’écriture, la relecture et la publication de la revue.
Pour en savoir plus :
Quéquet C. Allergies aux fruits à coque. Rev Prat (en ligne) 23 avril 2024.